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Full text of "Le laquais de Molière"

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LE 



LAQUAIS 



DE 



MOLIÈRE 



PAR 



GEORGES MONVAL 



Provençal a Chambord. — Troupes db campagne. — - 
Vingt ans a la Comédie-Française. — Le premier 
Pompier de France. — Un portrait de Molière. — 
LesDuPéribr, de Malherbe au Général Du Mouriez. 



PARIS 
TRESSE & STOCK, ÉDITEURS 

lo, Galbrib du Théatre-FrakçaiSi 10 



1887 




rCi^-^'^-^^^.yO^ JLiu^^ 




"^m^t^. 



LE LAQUAIS 



/ 



DE MQLIÈRE ^^ ■ ; .. 



TIRÉ 

à Quatre Cents Exemplaires 



LE 



LAQUAIS 



DE 



MOLIÈRE 

PAR 

GEORGES MONVAL 



Provençal a Chambord. — Troupes de campagne. — 
Vingt ans a la Comédie-Française. — Le premier 
Pompier de France. — Un portrait de Molière. — 
Les Du Périer, de Malherbe au Général Du Mouriez. 



PARIS 

TRESSE & STOCK, ÉDITEURS 

lO, GaLBUB du ThÉATKB-FkAMÇAIS, 10 

1887 



LOAN STACIC 



A 

Monsieur LfeopoLD DELISLE, Président, 

à 

mes très honorés Collègues 

du 

Comité des Inscriptions Parisiennes 

G. M. 



'5i'-lSH 



094 






LE LAQUAIS 

DE MOLIÈRE 



OLiÈRE, s'il faut en croire Gri- 
marest l'un de ses premiers 
biographes, était Thomme 
du monde qui se faisait le plus ser- 
vir ; il fallait rhabiller comme un 




LE LAQUAIS DB UOLIÈRE 



grand seigneur, et îl n'aurait pas 
arrangé les plis de sa cravate. 

Il avait un valei, dont je tCai pu savoir ni 
le nom y ni la famille, ni le pays ; mais je 
sais que c'était un domestique assez épais, 
et qu*il avait soin d'habiller Molière. Un 
matin qu'il le chaussait à Chambord, il mit 
un de ses bas à l'envers : « Un tel, dit grave- 
ment Molière, ce bas est à l'envers ». 
Aussitôt ce valet le prend par le haut, et en 
dépouillant la jambe de son maître, met ce 
bas à l'endroit. Mais comptant ce change- 
ment pour rien, il enfonce son bras dedans^ 
le retourne pour chercher l'endroit, et, 
l'envers revenu dessus, il rechausse Molière : 
« Un tel, lui dit-il encore froidement, ce 
bas est à l'envers. ]> Le stupide domestique, 
qui le vit avec surprise, reprend le bas et fait 
le même exercice que la première fois : et, 
s'imaginant avoir réparé son peu d'intelli- 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 3 



gence, et avoir donné sûrement à ce bas le 
sens où il devait être, il chausse son maître 
avec confiance. Mais ce maudit envers se 
trouvant toujours dessus, la patience échappa 
à Molière : « Oh ! parbleu ! c'en est trop, 
dît-il en lui donnant un coup de pied qui le 
fit tomber à la renverse, ce maraud-là me 
chaussera éternellement à l'envers; ce ne sera 
jamais quun sot, quelque métier qu^il fasse. » 
— « Vous êtes Philosophe ! vous êtes plutôt le 
Diable », lui répondit ce pauvre garçon, qui 
fut plus de vingt-quatre heures à comprendre 
comment ce malheureux bas se trouvait tou- 
jours àTenvers (i). 

La Lettre critique, qui reproche à la 
Vie de M, de Molière d'être « une 
énigme continuelle », dit que « les 



(i) La Vie de M, de Molière^ Paris, Jacques 
Le Febvre, 1705, in-12, p. 252-255. 



LE LAaOAIS DE MOLIÈRE 



égards de lauteur vont jusqu'à ména- 
ger le valet qui chaussait Molière à 
Tenvers, et tout Paris sait qu'il se 
nommait Provençal, et on le connaît 
sous un autrenom. Cette personne, dont 
Molière fait un si indigne jugement, 
s'est rendue Jort recommandabk par son 
mérite dans les affaires et dans les, méca-- 
niques. Il n'était pas né pour être un 
habile domestique ; mais il avait 
toutes les dispositions pour devenir 
ce qu'il est. L'auteur aurait dû lui 
rendre cette justice, et, en faisant con- 
naître le malheur de son premier âge, 
relever le mérite de celui qui l'a suivi. 
Il ne dépend pas de nous de naître 
avec du bien ; mais c'est un grand 
talent d'en acquérir, comme il a fait 
par son assiduité et par son intelli- 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 



gence. Je le nommerais, si je ne voulais 
épargner à Fauteur la confusion pu- 
blique de ravoir maltraité si mal à 
propos ». (') 

A quoi Grimarest réplique : 

En vérité, je ne saurais comprendre l'au- 
teur de la Critique, je ne puis le définir : 
il fait l'honnête homme, et il veut que de 
sang-froid je nomme une personne, illustre 
— dit-il — aujourd'hui, qui chaussa autre- 
fois Molière si étourdîment à l'envers. Ou 
l'histoire qu'il nous fait de ce grand homme 
est vraie, ou elle ne l'est pas. Si elle est 
vraie, quel ornement son nom aurait-il 
donné à mon Livre, où je ne parle ni de 



(i) Lettre critique à M. de ***, sur le livre inti- 
tulé La Vie de M, de Molièrey Paris, Cl. Cellier, 
1706, in-i2. 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 



Michaniques, ni dcFinancesfSi elle ne Test pas, 
c'eût été le calomnier. Mais la belle morale 
que mon Censeur débite à cette occasion est 
inutile pour moi ; car je lui déclare que je 
ne connais point son Provençaly et que les 
rares qualités qu'il lui donne me le font 
encore plus méconnaître ; car je m'en rap- 
porte beaucoup plus au jugement de Molière, 
qui était Connaisseur, qu'à tout ce que le 
Censeur nous dît de son Héros ; et pour lui 
faire voir que je n'y entends point finesse, 
qiCil le nomme, je veux bien être chargé de 
la confusion de l'avoir mis sur la Scène 
dans la Fie de Molière, supposé que je n'aie 
pas rapporté la vérité (i). 

L'auteur anonyme de la Lettre cri- 



(i) Adition à la Vie de Af . de Molière, contenant 
une Réponse à la Critique que Von en a faite. Paris, 
J. Le Febvre et P. Ribou, 1706, in-12, p. 50-51, 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 



tiqiic n'ayant pas répondu à la mise 
en demeure de Grimarest, on n'a 
jamais su le vrai nom de ce Provençal, 
qui vivait encore en 1705, trente- 
deux ans après la mort de Molière, 
dont il eût été plus que personne à 
même de compléter et de rectifier la 
biographie, — ce qu'il n'a, malheureu- 
sement, pas cru devoir faire. 



Il est bien invraisemblable que Gri- 
marest ait ignoré ce nom, très connu, 
comme on le verra plus loin, de son 
ami Baron, sous la dictée duquel on 
prétend qu'il écrivait cette Vie de 
Molière, et qui, dans tous les cas et de 
son propre aveu, lui avait fourni « des 
mémoires. » 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 



Piqué de ce mystérieux silence, ^ 
Moliériste a posé la question il y 
a cinq ans (^). 

Aucune réponse n'a été faite. 



(i) l^etit Questionnaire du i^ octobre 1881. 



^!9^ 






LE hasard me permet aujourd'hui 
de résoudre le problème. C'est 
en m'occupant d un auteur du temps, 
Jean Crosnîer, que j'ai appris, dans 
un livre ayant appartenu à M°^« de 
Pompadour, le nom du valet qui 
chaussait Molière à l'envers, person- 
nage beaucoup plus considérable, 
malgré le pronostic de son illustre 
maître, que ne le supposait l'auteur 
même de la question. . 



10 LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 

' """ ' ■ - ■ " I ' « » - - - I^W »l^ 

L'œuvre la moins ignorée de Tobs- 
cur Crosnier, que M. Ed. Thierry 
croit fils des Crosnier du Palais-Royal, 
est une comédie « mêlée de musique 
et de danses », L Ombre de son RivaU 
un acte en vers libres, publiée à La 
Haye, chez Gérard Rammazeyn, en 
1681. 

Cette pièce, « la première qui soit 
partie de ma plume » — c'est Cros- 
nier qui parle, — est dédiée à un M. de 
Buseroy, seigneur de Haersheneigen 
et de Petten, etc., député de la part de 
Messeigneurs les Estats de Zélande 
dans TAdmirauté de Rotterdam, poète 
lui-même, et 

Le plus brillant esprit qui soit dans la Hollande. 

Louanges en vers ne tirent pas à 



LE LAaOAIS DE MOLIÈRE II 

conséquence. Il n'en est pas de même 
de ce passage de VEpitre dédicatoire: 

Je mépriseray la critique 

De ces esprits intéressez 

Dont tous les talens ramassez 
Ne vont qu'à reciter un Poème dramatique 
Comme des peroquets que l'on auroit dressez. 

Et qui, par la terreur panique 

De se voir ici traversez, 

S'acharneront par politique 

Contre cet ouvrage comique : 
Je croy que ce discours les fait connoître assez. 

Sans qu'il faille que je m'explique ; 

Et comme vous les connoissez. 

Vous sçavez à qui je l'applique. 

Sentez-vous Tauteur blessé? Sa 
pièce aura été refusée par les comé- 
diens de La Haye, alors sous la direc- 
tion de Brécourt, Tacteur-auteur, qui 
vraisemblablement préférait son Ombre 



12 LE LAQUAIS DE liOLIÈRE 

de Molière à L Ombre de son rival, pièce 
des plus médiocres, d'une versifica- 
tion facile, mais d'un comique gros- 
sier, et dans laquelle on ne trouve à 
signaler qu'une scène entre Crispin 
et Turlin, plaisante imitation de la 
scène de Sosie et de Mercure dans 
Amphitrion (^). 

(i) Cette pièce, malgré l'insignifiance du sujet, 
reparut en 1683 (La Haye, petit in-12 de 40 p.), 
et fiit refondue deux fois sous de nouveaux titres : 
Les Frayeurs de Crispin (Leyde, Félix Lopez, 1682, 
in-12 de 58 p.) et Les BagolinSy parle sieur C. D. 
L. B. (*) (Amsterdam, Henri Schelte, 1705, 
petit in-12 de 27 p.) C'est sous le titre des 



(*) Ce C. D. L. B. nous permet de supposer que 

Jean Crosnier avait pris un nom de guerre : « De La 
L.. », pour se aistinguer du comédien Jacques 
Oosnier, dit du Perche, qui est vraisemblablement son 
frère cadet. 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE I3 

Ce n'était pas seulement à Brécourt 
que s'appliquait la tirade de YEpitre 
dédicatoire: d'ailleurs Brécourt a quitté 
la Hollande avant la fin de l'année 
pour rentrer en France et bientôt à la 
Comédie ; mais Crosnier poursuivra 
de sa rancune... professionnelle les 
camarades de Brécourt, et surtout 
l'un d'eux, qui est précisément celui 
que nous cherchons. 

Le jeudi i«^ janvier 1682, Jean 
Crosnier publiait à Amsterdam le 

Frayeurs de Crispin qu'elle figure au répertoire 
de Ma^helot et Laurent, mais nous ne Tavons pas 
rencontrée sur les registres comme ayant été 
représentée à Paris. 

Barbier, dans son Dictionnaire des ouvrages 
anonymes, attribue les Frayeurs de Crispin, comé- 
die, par le sieur C..., à Samuel Chappuzeau. 



14 LE LAaUAIS DE MOLIÈRE 

premier numéro d*une gazette hebdo- 
madaire en vers : Le Mercure burlesque^ 
qui relate volontiers les petits scan- 
dales de la ville et du dehors (^). 

C'est ainsi qu'après l'historiette 
d'une jeune comédienne dont le vent 
soulève la cotte, et fait voir... qu'elle 
ne portait pas de caleçon (La Haye, 
30 décembre), il raconte qu'un comé- 
dien de La Haye a été surpris avec une 
jeune femme par un amant jaloux: 

(i) Cette publication rarissime, dans le goût 
de la Mwj^e historique, n'est pas citée par M. James 
de Rothschild dans son avant-propos des Conti- 
nuateurs de Loret : a Nous n'avons retrouvé, dit-il, 
aucune gazette rimée se rapportant aux années 
1675 et 1676, i6j9 à 168^, » 

M. Al. de la Fizeliére avait dans sa biblio- 
thèque l'exemplaire de M™« de Pompadour: il 
est étonnant qu'il n'en ait pas tiré parti. 



LE LAQUAIS DE MOLIÈSS I5 



De.,. (La Haye), le 4 Février (1682). 

L'on m'écrit de cette semaine 
Que le Comédien du Ter,,, {ier) 
Dont la Naissance est incertaine. 
Ayant couru la prétentaine 
Aux environs de son quartier 
Chez une jeune demoiselle, 
Comme il caressoit cette belle, 
Un cavalier son fayory 
Le surprit en cette occurance, 
Qui, contrefaisant le mary, 
Luy demanda de la finance 
En disant avec arrogance 
Que s'il en faisoit le refus 
Il l'alloit mener au Spinus. 
Ce fiit lors que le pauvre hère, 
Pour se tirer de cette affaire 
Dont il appréhendoit le cours, 
Dit, en rendant sa bourse nette, 
Que c'étoit l'argent qu'en huit jours 
Il avoît eu de la Bassette. 



l€ LE LAQ.UAIS DE MOLIÈRE 

■ - — ■ — -^ 

duinze jours après, le Mercure bur- 
lesque ajoute : 

If Amsterdam^ le i^ Février. 

Un injuste ressentiment 
D'une petite historiete 
Que nôtre Mercure avoit faite 
D'une femme avec son Amant, 
A fait venir devant sa porte 
Depuis quelques jours chaque soir, 
Certain homme vêtu de noir, 
Toujours suivy de quelque escorte 
Qui vient à dessein de le voir. 
Comme il a sceu l'appercevoir 
Ainsy que les armes qu'il porte. 
Il veut bien luy faire sçavoir 
Que sa main peut estre assez forte 
Pour le ranger à son devoir ; 
Qu'il sçait son nom et son visage, 
Et qu'enfin il est averty 
Que pour agir en homme sage 
Et s'exempter de quelqu'outrage. 
Il doit prendre un meilleur party. 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE I7 

' J ■ ■ ■ ■ ■■ ■ ■ -M ■ ■ I 

Le mois suivant, il y a du change- 
ment dans la troupe de La Haye, et 
c'est une occasion pour le D^ercure de 
dire un mot désobligeant de Du 
Périer, qu'il nomme cette fois en 
toutes lettres : 

De la Haye^ le ii Mars, 
Depuis huit jours la comédie 
Que l'on jouoit à l'étourdie 
Est forte de deux bons acteurs ; 
Et sans Du Périer et La Salle (i), 
Qui rebutent les auditeurSy 
La troupe seroit sans égale, 
Parce que sur tout la Fonpré (2),. 
Habile au suprême degré, 

(i) La Salle (Paul Merle, dit), comédien de 
M«^ le Dauphin en mars 1679, mourut à Mons le 
17 avril 1694; il était encore dans la même troupe 
que Du Pcrier en 1685. 

(2) Marie Poillebois, épouse du comédien Jean 
Barrié,sieur deF;ï7//>7-e', et mérede Hugues-François 



X8 LE LAQUAIS DB MOLIÊKE 

Charme les yeux et les oreilles ; 
Ses compagnes sont aux abois 
De ce que dans tous ses emplois 
Chacun dit qu'elle feit merveilles. 

Le numéro du 9 avril revient à la 
charge en ces termes : 

Le comédien Du Périer 
Où Ton jouoit à la bassette, 
Vend jusqu'à sa dernière assiette 
Et cesse d'estre Gargotier. 

Barrié de Fonpré qui fut sociétaire de la Comédie 
Française de 1701 à 1707. 

J'ai rencontré Marie Poillebois à Rouen le 
29 janvier 1678, marraine d'une fille desClavel; 
c'est à une autre fille des mêmes Clavel qu'elle 
maria son fils. Je la retrouve avec son mari à 
Anvers en janvier 1702. Enfin, c'est à elle qu'est 
dédiée VEpouse amante^ mémoires galands, par 
Chavigny, in-12, Cologne, P. Marteau, 1712. 
Lire Tépitre préliminaire de ce livre rare, très 
élogieusc pour elle et pour son mari. 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE I9 

La raison que chacun en donne, 
C'est qu'ayant l'âme trop friponne 
Pour exercer un tel métier, 
Il ne luy venoit plus personne ; 
Car voulant amasser du bien. 
Il se servoit de cartes fauces 
Avec d'aussy méchantes sauces 
Qu'il est mauvais Comédien ; 
Mais je n'en veux plus dire rien : 
Il suffit que ce méchant homme 
Qui souhaite que l'on m'assomme 
Et qui m'a manqué par deux fois, 
N'ose visiter [son] Altesse, 
Et que cette grande détresse 
L'ayt presque réduit aux abois. 

Malgré sa promesse de n'en plus 
rien dire, le Mercure du 7 mai raconte 
longuement la vengeance que Du 
Périer voulut tirer de ses attaques : 

Du Perrier, ce Comédien 

Qui d'âme et de corps ne vaut rien, 



20 LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 

Le lundy de la Caramesse 

Qu'à La Ha5^e on fait tous les ans 

Dans cette saison du Prin-temps, 

Voulant faire à Mercure pièce, 

Encore bien que jusqu'icy 

Il ait d'un esprit adoucy 

Caché la pluspart de ses vices, 

Donna cinquante Ducatons 

A vingt ou trente grands Fripons 

Qu'il avoit pris pour ses complices ; 

Mais ces vingt ou trente Coquins, 

Qui de ce plus grand des Faquins 

Désiroient contenter l'envie, 

Niont pu le rendre satisfait, 

Et, pour contenter son souhait. 

Arracher sa Burlesque vie. 

Il est vray qu'ils n'ont pas manqué 

De répondre à leur caractère. 

Et qu'ils l'ont pour la mettre en terre 

Vigoureusement attaqué. 

Dans cette fâcheuse occurence. 

Les voyant bien trente contre un, 

Comme un messager du commun 

Il prit deux ou trois pas d'avance. 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 21 

Et cessant de faire le dieu, 
Se sauva dans un certain lieu 
Le plus éclatant de Ja ville 
Qui luy servit d'un sûr azile. 
Il y fut six heures du moins 
Assiégé de cette Canaille, 
Dont bien des gens furent témoins ; 
Mais désirant faire ripaille, 
Il sortit seul malgré leurs soins, 
Et méprisant cette cohorte 
Leur fit voir une âme si forte. 
Qu'ils firent tous de vains efforts 
Pour le mettre au nombre des morts. 
Ce coup manqué, dans l'instant même 
Du Perrier, la face blême. 
L'oeil effaré, la rage au cœur. 
Protesta dessus son Baptême 
Que, par force ou par stratagème. 
Il en resteroit le vainqueur ; 
Et mit pour cet eôet en armes. 
Tant au Bateau, Leyde, Voorbourg, 
Que dans Le Bois, trente Gendarmes, 
Qui toutefois ont fait un four. 
Aussy n'étoit-il pas facile 



22 LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 

A ces misérables mortels 
Sans des effects surnaturels^ 
D'arrêter le Mercure agile. 
Puisque Ton sçait que c'est un Dieu 
Qui par la faveur de ses Aisles, 
Afin de porter ses nouvelles, 
S'échape aisément de tout lieu. 

Le numéro du jeudi suivant, qui 
donne la suite et la fin de l'aventure, 
nous révèle le premier métier de Du 
Périer, et nous renvoie à un autre 
livre de son implacable ennemi : 

De la Hayey le i) May. 

Du Perrier que pour certain 

L'on sçait estre un fils de P (i), 

Qui dans sa plus jeune carrière 
Fut un des Lacq.uais de Molière, 

(i) Le mot est ici en toutes lettres, comme 
dans Amphitryon. 



LB LAQUAIS DE MOUÊSE 23 

Et dont le mèder et Pesprit 
Est par le Mercure décrit 
Dans son Epouse fugiHve^ 
A receu des coups de bastons 
Dont il sent une douleur irive 
Parles mains des m£mes fripons 
Qu'il employoit pour sa vengeance. 
Faute de payer cent écus 
Pour le surplus de la finance 
Qu'entr^euz ils itoient convenus. 
Lesquels ils ont depuis receus. 
Ensuitte de quoy cert^ gabde. 
Que Mercure connoist fort bien, 
A dit à ce Comédien : 
Si tu veux que je le poignarde, 
J'iray jusques dans Amsteroam 
Le tuer, fût*il sur le Dam. 

Puis, comme tous les étés, la troupe 
s'éloigne, et le 5 novembre seulement 
le Mercure burlesque annonce qu' 

Afin de divertir la Cour 

Les Comédiens sont de retour, 



24 LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 

Ce qui pourra bien à Mercure^ 
Qui s'est à présent adoucy. 
Fournir quelque bonne avanture 
Dans quelque semaine d'icy. 

Mais il n'est plus question de Du 
Périer, qui probablement a passé dans 
une autre troupe de campagne. 

Complétons cet aimable portrait à 
Taide de YEpouse fugitive, puisque 
Epouse fugitive il y a. 

Cette « Histoire galante, nouvelle 
et véritable, par le sieur Crosnier », 
avait paru à Amsterdam, cette même 
année 1682 (^), avec épître dédicatoire 



(i) Sans nom de libraire, petit in-12 de 4 f. et 
225 p. — Le catalogue de Gay (Ouvrages relatifs 
aux femmes, etc.) cite cette édition d'Ams- 
terdam d'après le n® 1425 du catalogue Potier. 



LE LAQ.UAIS DE MOLIÈRE 2 5 

en vers et en prose à M**® de Kemis, 
« le génie le plus délicat et le plus 
épuré de la Hollande, 

» Le plus brillant esprit qui soit dessous les cieox. • 

C'était dire plus qu'à M. de Buse- 
roy, dont l'éclat — comme on a vu 
plus haut — ne dépassait pas la Hol- 
lande; ce n'était pas assez, puisque 

Crosnier ajoute : « la personne la 

plus éclairée de nos jours, l'admira- 
tion de tout le monde, le plus consi- 
dérable ornement de cette Cour, etc- 

A la page 21 commence Y Histoire 
de Climène, racontée par elle-même, 
selon la mode du temps : 

Ariste, amoureux de la mère de 
Climéne, après avoir vainement épuisé 



2^ LB LAaUAIS DE MOLIÈRE 

présents, cadeaux, promesses, assi- 
duités, complaisances, ne peut se ré- 
soudre à Tépouser, ne voulant pas 
abandonner les grands bénéfices qu'il 
possède, pour la fille d'un maître de 
danse, personne de condition assez 
médiocre. 

Pour mettre à exécution son des- 
sein de Tenlever, il juge à propos de 
se servir du ministère d'un autre, ce 
qui lui fait jeter les yeux sur oc un 
appelle Du Périer^ dont la naissance 
incertaine le rendoit comme certain 
— dit Climéne — qu'il s'employeroit 
volontiers à rendre ma mère com- 
pagne de l'impureté de celle dont il 
avoit receu le jour, et qui, par les 
lumières qu'il avoit receues étant au 
service du comédien Molière, dont il 



LE LAQUAIS DE MOLIÊRB 27 

■ ■■■»''"■■■ ' .1 .1» 111 I 1111 

avcdt porté les livrées, et duquel il a depuis 
embrassé la profession, s'estoît rendu le 
plus habile de son siècle pour con- 
duire une entreprise amoureuse. » 

Sa « propreté », sa dépense, assez 
d'esprit pour « converser dans une 
compagnie bourgeoise » lui permet- 
tent de s'introduire matin et soir chez 
la belle sous prétexte d'apprendre à 
danser* Un jour qu'il y avait assem- 
blée dans la rue de Richelieu, il attire 
sa proie dans un bal de la rue du Mail, 
et Tenléve au profit d'Ariste, dont 
les aventures continuent sans qu'il 
soit plus question de son complice. 
Mais ce court prologue suffit au 
venimeux Crosnier pour dévoiler 
Pâme a basse et intéressée » de Du 
Périer, auquel il prodigue tragique- 



28 LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 

ment les doux noms de « parjure » 
et de « traître ». 

Le portrait du peintre ne serait 
guère plus flatteur, si l'on voulait 
appliquer les lois de la métoposcopie, 
chère au philosophe Pancrace, à là 
figure envieuse et de méchante hu- 
meur, gravée ad vivum par Car. de La 
Haye en tête de V Année burlesque, re- 
cueil des 52 Mercures de Crosnier(^): 
le front est soucieux, l'œil est mau- 



(i) A Amsterdam, chez le Sincerty 1683, in-40. 
Recueil des pièces que le Mercure a faites pendant 
Vannée 1682. 

Le portrait de Jean Crosnier, dans un cadre 
ovale orné d'une lyre et d'un caducée, surmonte 
ce quatrain anonyme : 

De celuy dont tu vois l'image, 
Le graveur a tracé jusques au moindre trait ; 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 29 

vais, le nez démesurément long et 
recourbé de l'homme de proie, le 
menton fuyant, les lèvres minces 
et hargneuses ; c'est bien la figure 
louche d'un calomniateur, tel je me 
représente l'auteur anonyme de la 
Fameuse comédienne ; il y a du Bazile et 
du Lully chez ce Crosnîer, dont je ne 
veux pas trop médire, puisqu'en 
somme c'est à lui que nous devons 
de connaître enfin Du Pérîer. 

Il est même regrettable que Gros- 

Mais pour en voir 1* esprit, comme icy le visage^ 
Il faut lire ce qu'il a fait. 

Je me pennets de signaler ce précieux recueil 
à M. Emile Picot, qui voudra certainement 4ui 
donner place, à sa date, dans sa réimpression 
des Continuateurs de Lorety dont on attend le 
tome III avec impatience. 



30 LB LAaUAIS DE MOLIÈRE 

nier n*ait pas donné de détails plus 
précis sur la naissance « incertaine » 
et la prime jeunesse de Provençal. 
Saurons-nous jamais exactement son 
pays, la date de sa naissance, les noms 
de ses père et mère, les circonstances 
qui le conduisirent chez Molière, le 
temps qu'il resta à son service, en 
quoi consistaient précisément ses 
fonctions^ enfin les causes de son 
départ, et l'époque à laquelle il com- 
mença de courir la province avant de 
prendre part à l'enlèvement de Y Epouse 
fugitive^ dont l'action n'est pas anté- 
rieure à 1680, puisqu'on y parle de 
ce tous les ouvrages de Racine y^ et de 
la tragédie âHAgamemnon, représentée 
le 12 mars de cette année sur le 
théâtre de Guénégaud ? 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 3I 

Tâchons de suppléer au silence de 
Crosnier, qui d'ordinaire — on Ta 
vu — ne pèche pas par la discrétion. 

Mais, auparavant, faisons justice de 
Timputation grossière du libelliste 
famélique qui ne croit pouvoir faire 
au comédien de plus grande injure 
que de lui reprocher d'avoir porté la 
mandille. 

En un temps où la plupart des 
gens de lettres étaient les « domesti- 
ques » des princes et des grands sei- 
gneurs, où Philippe Quinault, mem- 
bre de TAcadémie Française et audi- 
teur des Comptes, avait commencé 
par servir le poète Tristan et — selon 
d'autres — le comédien Mondory, 
où Sarrazin mourait d'un coup de 
pincettes du prince de Conti, son 



32 LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 

maître, oùLully, de simple marmiton, 
s*élevait au titre de surintendant de 
la musique et de secrétaire du Roi, à 
une époque enfin où « le laquais ne 
dérogeait point à sa noblesse » ('Vil 
est plaisant de voir un poète crotté 
reprocher à Du Périer d'avoir été le 
laquais de Molière, qui lui-même — 
si Ion en croit YElomire hypocondre, 
— aurait été valet d'opérateurs avant 
de devenir valet de chambre du Roi. 



(i) M. Albert Babeau, dans son livre récent : 
les Artisans et les Domestiques d'autrefois. Paris, 
Didot, în-8s 1886, page 265. 



^k 






u 



Qu'était ce Du Périer, ancien la- 
quais de Molière» comédien de 
province et, par surcroît, gargotier- 
tripotier, homme dlntrigues, croupier 
de bassette et quelque peu chevalier 
d'industrie ? 

Le même dont j'ai déjà signalé la 
présence à Rouen au mois de janvier 

3 



34 LB LAQUAIS DE MOLIÈRE 

1674 <*>, que Jal a rencontré au ma- 
riage d'un Jean Brouillard (?) en 
février 1679, et qui, rentré à Paris en 

1685, débuta à la Comédie Française, 
fut reçu dans la Compagnie à la fin de 

1686, et se retira en octobre 1705. 

Les frères Parfaîct, dans leur His- 
toire du Théâtre Français, Lemazurier, 
dans sa Galerie historique des Acteurs^ 
Tont totalement oublié ; Jal et M. Cam- 
pardon lui consacrent quelques lignes^ 
d'après leurs recherches personnelles^ 
qui ne les ont conduits ni l'un ni 
l'autre à reconnaître en lui le Pro- 
vençal de Molière. 

Il s'appelait François Du Mouriez 



(i) Moliériste de septembre 1883, t. V, p. 174. 



LB LAQUAIS DB MDLlftXB 35. 

Du Périer, et appartenait à une 
ancienne famille noble parlementaire 
de Provence (d'où son nom de Pro- 
vençal) (0 qui avait déjà donné: Fran- 
çois Du Périer, le gentil homme auquel 
Malherbe adressa les belles stances si 
touchantes 

c Ta douleur, Du Périer, sera donc éterneUe ! » 

son fils Scipion, le célèbre juris- 
consulte, et le poète Charles du Pé- 
rier, petit-fils de François et neveu de 
Scipion. 



(i) C'était l'usage, à cette époque, d'appeler 
les domestiques du nom de leur province : La 
Brie, La Beauce, Basque, Bourguignon, Pro- 
vençal, etc. Le laquais de Dancourt s'appelait 
Picard. Du Périer lui-même avait, l'année de sa 
mort, un laquais, Jean Lemaire, dit Champagne. 



36 LE LAaUAIS DE MOLIÈRE 

Un ascendant de Provençal, Claude 
Du Périer, ayant épousé une demoi- 
selle Anne de Morier ou Mouriès\ 
aussi de famille noble^ adopta ce nom 
qui devint, par corruption parisienne. 
Du Mouriez, et s'ajouta depuis au 
premier (^). 

François naquit probablement à 
Aix vers 1650, je dis: probablement, 
parce qu'une lacune de cinquante 
années (1617-1667) dans les regis- 
tres de paroisses de cette ville ne nous 
a pas permis de retrouver son acte de 
baptême. 



(i) Le THctionnaire de la Noblesse de La Che- 
naye-Desbois est tellement obscur et confias en 
ce qui concerne cette famille, qu'il nous a été 
impossible d'établir la généalogie de Du Perler. 



LE LAQUAIS DE MOLIÈKE 37 

II avait donc environ vingt ans 
lors de la première représentation 
à Cbambord du Bourgeois gentilhomme. 

Rien d'impossible à ce qu'il ait 
a assisté » dans cette comédie sous 
les livrées de M.Jourdain: ce Laquais! 
holà ! mes deux laquais ! » On sait 
que les bouts de rôles étaient alors 
tenus par les domestiques des comé- 
diens (0, et c'est ainsi que la future 
M}^^ La Grange, Marie Ragueneau, 
femme de chambre de M^® de Brie, 
créa la Marotte des Précieuses ridicules. 

Rien d'impossible encore à ce que, 
dégoûté du métier par l'humeur un 



(i) Chappuzeau, le Théâtre François^ p. 121 de 
l'édition Ed. Fournier ; p. 149 deTéd. Monval. En 
1679, le laquais de La Grange figure dansY Inconnu. 



38 LE LAaUAIS DE MOLIÈRE 

peu vive de Molière, il ait quitté son 
maitre quelque temps après. L'inven^ 
taire des 13-20 mars 1673 ne men- 
tionne en effet que deux servantes: 
Renée Vannier, dite La Forest, et 
Catherine Lemoyne. Mais, d autre 
part, la requête de la veuve à Tarche- 
véque de Paris parle de « son valet et 
servante » qu'on aurait envoyés par 
plusieurs fois à Saint-Eustache pour 
demander un prêtre dans la soirée du 
17 février, et le 21, plusieurs laquais 
portent, à Tenterrement, des flam- 
beaux de cire allumés. Ce serait donc 
seulement après les obsèques de Mo- 
lière que Provençal aurait quitté la 
maison mortuaire, — précisément à 
Tépoque où les troupes de province 
venaient se former ou se compléter à 



L£ UUIUAIS DE MOUÈSE 39 

Paris, — pour prendre parti dans celle 
de Rouen. 

Toujours est-il que quelques mois 
plus tard il est dans cette ville, ayant 
à son tour un laquais, Louison ; il 
est marié et père d un enfant de deux 
ans. Sa femme, Madeleine Jannequin^ 
est l'une des filles du comédien 
Rochefort, dont Molière avait teni| 
un autre enfant sur les fonts de 
Notre-Dame d'Auteuil le 30 mars 
1671. 

Le 2 décembre 1673, Du Périer 
fait baptiser à Saint-Eloi de Rouen 
son second fils, Pierre-François, né 
le 25 septembre précédent ('), et le 



(i) Voir Taae de baptême aux pièces justifica- 
tives. 



40 LB LAQUAIS DE MOUÈRE ^ 

15 janvier 1674 c*est à lui et à 
Longueil ('), comédiens de la « troupe 
de la Marine », représentant au jeu 
de paume des Delix-Mores, qu*est 
signifiée la défense de représenter à 
Rouen le Malade imaginaire avant que 
la pièce soit imprimée (2). 

La même année, le 25 octobre, 
Madelaine Jannequin lui donne un 



(i) Charles de Longueil, de Conflans, mourut 
à Rouen le 17 février 1676. J'ai retrouvé son 
acte d'inhumation lors du voyage de la Comédie 
Française pour le second centenaire de Corneille. 

(2) Moliériste de septembre 1885. On pourrait 
«opposer que la copie du Malade qui avait servi 
à monter la pièce à Rouen avait été surprise par 
Du Périer lui-même, si la pièce n'avait été 
préparée et répétée en même temps à Lyon, à 
Orléans, et probablement ailleurs. 



LE LAQUAIS DB MOLIÈRE 4I 

troisième fils, Jean-Baptiste, baptisé 
le 12 novembre 1674 à la même pa- 
roisse que son frère ('). 

Nous ne le retrouvons ensuite 
qu'en 1679, le 15 février, à Paris, au 
mariage ce d'un certain Jean Brouil- 
lard », dit M. Jal, en compagnie de 
Haute-Roche et de Champmeslé, qui 
étaient tous deux, à cette époque, 
comédiens de Thôtel de Bourgogne. 
M. Jal en a conclu trop facilement 
que Du Périer appartenait alors à 
la même troupe : il était encore, 
comme le marié Jean Bouillart de La 
Garde, comédien de campagne ; la 
mariée, Marie Le Charton, était une 



(i) Voir l'acte de baptême aux pièces justifi- 
catives. 



42 L& LAQVJdS DE MOLIÊRB 

cousine germaine de Champmeslé. 

En 1681-82, Du Périer est en Hol- 
lande, dans la troupe française du 
prince d'Orange, dirigée par un an- 
cien camarade de Molière, Brécourt, 
oncle de sa femme : le ihCercure bur- 
lesque nous Ta montré à La Haye 
avec La Salle et les Fonpré. 

Le 29 mars 1685, il assiste à Paris, 
avec Hubert, à l'enterrement de Bré- 
court, et, le 6 avril, il s'engage pour 
jouer les premiers rôles dans la troupe 
de Rosélis, avec le même La Salle, 
Rozanges et Marin Prévost. 

Il n'y resta pas longtemps, puisqu'en 
août de la même année il ce assiste 9 
dans Polyeucte à la Comédie Française. 
L'année suivante, la mort subite de 
Rosimond (i®' novembre 1686) lui 



LE LAaUAIS DB MOLIÈRE 43 

fait une place au théâtre de Gué- 
tiégaud^ où il avait retrouvé neuf 
anciens camarades de Molière : La 
Grange, Du Croisy, Hubert, Baron, 
Beauval ; M^^® Molière (devenue M^^® 
Guérin), M^^« de Brie, Beauval et La 
Grange, et quelques élèves du maître : 
Pierre La Thorilliére, Angélique Du 
Croisy, mariée à Paul Poisson, Loui- 
son Beauval, devenue M^® Deshayes, 
et la filleule de Molière, Thérèse La 
Thorilliére, depuis six ans M^^® Dan- 
court. 

Il est reçu dans la Compagnie à 
quart de part('), et hérite « en se- 
cond » de six rôles créés au Palais- 
Royal par son ancien Maître, Raisin 

(i) L'ordre du Roi est du 6 novembre. 



44 LK LAQUAIS DE MOLIÈRE 

cadet les ayant « en premier »: Har- 
pagon, Amolphe, George Dandin, 
Caritidès, Don Pédre et le Sganarelle 
du Mariage forcé. 

Il signe pour la première fois la 
délibération du i8 novembre, et joue 
le lendemain pour la première fois 
devant la Cour, à Versailles, un rôle 
de Beauval dans le Baron de la Crasse. 

Il tient l'emploi des manteaux et 
des pères, tels que le Docteur du Ma- 
riage de rien, le procureur de Crispin 
chevalier, M. Oronte du Notaire Mi- 
géant, M. Guillemin d'Angélique et Mé- 
dor, le père du Médecin Hollandais, 
La Serre de Merlin dragon, Argante 
des Nouvellistes, crée quelques rôles 
dans les comédies nouvelles de Dan- 
court, Baron, Palaprat, Dufresny, 



LE LâaCAIS DiE MOtiPWE 4) 

Champmeslé, et dans les tnigédies de 
son compatriote Abeille et du tou- 
lousain Campistron. 

En avril 1689, au moment où la 
Comédie vient s'installer dans sa nou- 
velle salle de la rae des Fossés, il a la 
demi-part ; l'année suivante il hérite 
un quart du pauvre D'Auvillîers, mort 
fou le 15 août 1690, à Charenton; 
le i^ mars 1692, la mort de La 
Grange lui donne la part entière. 

Le 5 septembre de Tannée suivante, 
Id décès subit de Raisin cadet, son 
chef d'emploi, lui permet de jouer 
plus souvent : mais il reste toujours 
un comédien de second ordre. Pala- 
prat, qui fait de grands éloges de ses 
camarades les deux Raisin, Rosélis, 
Guérin, La Grange, de Villiers, D'Au- 



LB LAaUAIS DB MOUÊU 



viUîers, etc., ne parle pas de lui, 
quoiqu'il ait créé de petits rôles dans 
ses pièces. Du Périer fut surtout un 
acteur utile, un sociétaire dévoué 
s'occupant activement des affaires de 
la Compagnie. 

oc Le bon homme Du Périer, avec 
son air doucet — dit une note de 
M. de Trallage (0 — a joué pendant 
quelque temps le rôle de George 
Dandin et d'autres rôles comiques 
de Molière ; mais le parterre Ta tant 
sifflé qu'il a été obligé de quitter la 
partie et de laisser faire cela à La Tho- 
rilliére. » 



( i) Page 2 de l'édition Paul Lacroix. Libraîne des 
Bibliophiles (t. V de IzNauvelk Collection molU- 
resquey 



LE lAQUAIS DE MOLIÈKE 47 

Il lui arriva, à la Cour, et dans une 
pièce de Molière, une étrange mésa- 
venture dont nous entendrons le récit 
de la bouche même de Madame, 
seconde duchesse d'Orléans, qui écri- 
vait de Versailles le 8 mars 1701 : 

« Hier j'écrivis à ïna fille et en Savoie ; 
cela me mena jusqu'au moment d'aller au 
spectacle, qui est le dernier qu*on joue jus- 
qu'au vojrage de Fontainebleau; c'était la 

Mort de Pompée et le Médecin malgré lui 

Je ris de bon cœur à la comédie. L'acteur 
qui avait le rôle du père de Lucinde devait 
dire : « Âh I ma fille parle 1 3 (i) ; mais je ne 
sais comment la langue vint à lui tourner, il 



(i) Est-il besoin de rappeler que le texte de 
Molière porte : « Voilà ma fille qui parle t « (acte 
III, se. vi) ? 



48 LB LAQUAIS DE ICOUÈSB 

dh : « Ah I ma fille pâte I ». Cela provoqua 
un éclat de rire. » (i). 

Nous le croyons sans peine, et 
nous n'insisterons pas davantage sur 
ce malheureux lapsus, dont fut cou- 
pable, ou plutôt victime, notre Du 
Périer, car c'était lui — nos registres 
en font foi — qui jouait Géronte, et 
M^^® Clavel, Lucinde (^). La suite de 
notre récit se chargera de Texcuser, en 
montrant qu'il avait déjà à cette 



(i) IMtres de laprincesse Palatine^ édition Bra- 
net, 2 vol. in-i8, Charpentier. 

(2) Lundi 7 mars 1701, dixième voj^e à 
Versailles: la Mort de Pompée et le MÉDEcm 
MALGRÉ LUI. (MM. Rosélis, Dufey, Le Comte, 
Beaubour, Champmeslé, La Thorilliére, Baron, 
Du Périer et Guérin; M"" Beauval, Clavel, 
Champvallon et Grandval). 



LB LJiaUAIS DE MOUÈRE 49 

époque d'autres « affaires » en tête 
que ses rôles, et que sa mémoire pou- 
vait bien fourcher au milieu de ses 
nombreuses entreprises et de ses 
occupations multiples. 

Déjà son zélé s'est ralenti pour la 
Comédie : il obtient de fréquents con- 
gés, et quitte définitivement la scène 
en juillet 1705. 

Le 19 octobre, il obtient sa retraite 
au bout de vingt ans de service, avec 
la pension de mille livres, et ses rôles 
sont donnés à l'excellent Dangeville. 

Telle est, rapidement esquissée, la 
carrière du comédien. 

Rien jusqu'ici n'établit ce mérite 
c( dans les affaires et dans les mécha- 
niques » que vantait le critique du 
biographe de 1705. 



$0 LE LAQUAIS DE MOUÈ&E 



C'est SOUS ce double aspect que 
nous allons maintenant examiner 
du Périer. 



^m 






m 



MADELAiNE Jantiequio était morte 
le 27 novembre 1690, laissant 
Du Périer veuf avec sept enfants, dont 
Taîné, Pierre, avait 19 ans et la plus 
jeune, Henriette, environ 3 ans. 

Il habitait alors, en face de son 
théâtre, les trois derniers étages d*une 
maison de la rue des Fossés Saint- 



52 LE LAaUAIS DE MOLIÊKE 

Germain-des-Prés <^), dont François, 
Procope était le principal locataire. 

L'inventaire dressé deux ans après 
la mort de sa femme nous introduit 
dans un ménage des plus modestes : 
les habits se réduisent au strict 
nécessaire; la garde-robe de théâtre 
n'est pas estimée 350 livres, et Tactif 
se compose, outre la part de socié- 
taire à la Comédie, d'une rente de 
500 livres sur les aides et gabelles 
constituée moyennant 5,400 livres 
payées comptant le 25 juin 1691. 
Le passif s'élève à onze mille quatre 
cent vingt-deux livres 5 sous. 

Il s'agit de sortir d'embarras, de 
faire vivra les siens et de les élever; 

(i) Aujourd'hui rue de rAncienne-Comédie. 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 53 

la vue de ses enfants double son 
énergie: son esprit inventif le lance 
dans les affaires, qu'il va brasser avec 
une activité fiévreuse et assez de 
bonheur pour pouvoir, quelques 
années plus tard, donner 25,000 
livres en mariage à l'une de ses 
filles. 

Le 25 juin 1699, c'est-à-dire six 
ans avant sa retraite du théâtre , un 
certain B. Roland transporte à Du 
Périer,par-devant notaires, une portion 
dans les jaugeages et courtages des 
élections d'Angers, Laval, Mayenne 
et Château-Gontier. 

En 1701, il est en procès avec 
Denis Aubry, intéressé dans les 
fermes du Roi:, un compromis du 
17 mars termine le litige. 



54 LE LAQUAIS DE MOUÈRE 

Le i6 mai 1703,1! cautionne, avec 
Procope et H. Bourgeois, son fils 
Pierre, caissier des intéressés au 
6« denier d'Auvergne et de ceux 
au traité des amortissements de 
Bretagne; le 25, le même, comme 
caissier des intéressés au 6® denier 
de Montauban et de ceux au traité 
d'amortissemens de Toulouse ; 

le 18 août, il s'associe au bail de 
la ferme des aides et droits y joints, 
jauges et courtages de la ville et élec- 
tion d'Angers ; 

le 18 décembre, au bail de la ferme 
des domaines du Roy et droits y joints 
de la généralité de Tours, des gabelles, 
aides, cinq grosses fermes et autres 
fermes munies de France pour le 
terme de trois années. 



LE LAQUAIS DE HOLIÈRE 55 

En 1704, société au recouvrement 
de la finance de la vente des offices 
de trésoriers de fabriques, et société 
concernant les domaines de Bretagne 
(20 février); société au bail de la 
ferme des droits sur le vin appar- 
tenant à l'hôpital général d'Angers et 
à rUniversité sur les vins vendus au 
détail (20 novembre); société pour 
la vente des offices de courtiers de 
change de banque et de^marchandises, 
et de courtiers de vins et autres 
(ler décembre). 

En 1706, société au traité de la 
vente des offices des maîtres voitu- 
riers par eau de Rouen à Paris et de 
Paris à Rouen et autres (29 avril). 

En 1707, continuation pour six 
années de la société du 18 décembre 



56 LE LAQUAIS DB MOLIÈRE 

1703 (21 janvier), et société pour 
les inspecteurs des bâtiments (17 fé- 
vrier). 

En 1708, société de la sous-fermc 
des aides d'Alençon (10 janvier); 
société au traité de recouvrement de la 
finance de la vente des officesdes gardes 
desarchivesdansl'étendue du royaume 
(30 janvier); le lendemain, société 
sur le traité des courtiers et jaugeurs 
des généralités de Tours et Ghâlons, 
et société à l'adjudication des droits 
attribués aux offices de courtiers 
commissionnaires de vins dans les 
lieux y déclarés (31 janvier); société 
au traité général pour le recouvrement 
de la finance des offices de greffiers 
des insinuations ecclésiastiques et 
autres (10 mars); société de Tafiaire 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 57 

des courtiers jaugeurs des 5 sols par 
augmentation dans la généralité de 
Tours (15 mars); société des cour- 
tiers de Soissons (16 juin); société 
pour le recouvrement de la finance 
des offices des maréchaussées créées 
en Bretagne {1^^ août). 

Enfin, le 5 décembre 1 71 1, seconde 
société de la sous-ferme des aides 
d*Alençon. 

Cette longue et aride nomenclature 
ne représente qu'une partie des nom- 
breuses afiiaires que Du Périer menait 
de fi-ont. 

Nous le trouvons encore action- 
naire de la Compagnie des Indes, 
intéressé dans la ferme de Montreuil- 



j8 LE LAQUAIS DB MOUÈU 

Bellay ('), etprocureur d'ungrand nom- 
bre de parents ou de camarades, 
comédiens en province ou àTétranger. 
Mais, la plus importante de toutes 
ses « affaires », celle qui mérite vrai- 
ment que son nom soit tiré de l'oubli, 
est son entreprise des pompes à 
incendie, qui va justifier ce a mérite 
dans les méchaniques », dont parlait 
le critique anonyme de lyos. 



(i) 8 octobre 1705, société entre Du Périer 
père, Pierre et Léon, ses fils, dans le bail de la 
ferme de la terre et baronnie de Montreuil-Belliy 
fait par M. le duc de Brissac pour 6 années à 
commencer au i^"" janvier 1705 moyennant 
16,500 livres par an à Pierre Dupré. 






IV 



POUR bien apprécier l'étendue des 
services rendus par Du Périer, 
il faut rappeler qu'avant lui on igno- 
rait en France l'usage de la pompe 
portative, et que les maîtres maçons, 
charpentiers et couvreurs, assistés de 
quelques capucins, cordeliers et sol- 
dats, ne se servaient pour combattre 
les incendies que de pioches, de crocs 



6o LE LAaUAIS DE MOLIÈRE 

et d'échelles, quelquefois de grosses 
seringues <^),le plus souvent de seaux 
remplis à la chaîne, outils rudimen- 
taires et presque toujours impuissants. 
Non seulement Du Périer intro- 
duisit chez nous la pompe à incendie, 
il organisa le corps des gardes-pompes, 
et l'on peut dire que cet obscur 
comédien fut le premier pompier de 
France, plus d'un siècle avant la créa- 
tion du corps des sapeurs-pompiers 
par le décret du i8 septembre 1811. 



(i) En 167 1, le Conseil de la ville de Castres, 
en Languedoc, vote l'acquisition de «r 8 grosses 
seringues » pour le service des incendies, orga- 
nisé dés 1669 avec l'aide des charpentiers et 
maçons (Intermédiaire des Chercheurs et des Cu- 
rieuXyXiiy 590). 



LE LAdUAIS DE MOLIÈRE 6l 

En efiet, Du Périer qui, dans sa 
vie nomade, avait vu fonctionner des 
pompes en Hollande, en Flandres, à 
Landau, à Strasbourg, demanda au 
Roi le privilège de « faire construire 
» et fabriquer une pompe propre à 
» éteindre le feu, pour par luy ou 
» par ceux qui auront droit de luy, 
>^ vendre, débiter ou louer ladite 
» machine dans toutes les villes, 
» bourgs et autres lieux du Royaume 
» que bon luy semblera à l'exclusion 
» de tous autres, pendant le tems et 
» espace de 30 années entières et 
» consécutives. » 

Ce privilège lui fut accordé le 
12 octobre 1699 P^'' lettres patentes, 
enregistrées au parlement le i^^ fé- 
vrier 1700. 



62 LB LAQ.UAIS DE MOLIÈRE 

A peine établies, ces pompes ren- 
dirent les plus grands services, notam- 
ment dans une circonstance qui mérite 
d'être spécialement mentionnée ici, 
puisqu'il s'agit d'un incendie de 
théâtre, dans les dépendances de la 
Salle des machines^ au palais des Tui- 
leries. 

La lettre suivante a été publiée par 
M. A. de Boislisle dans le Bulletin de 
la Société de l'Histoire de Paris et de Vile 
de France (0 : 



(i) 1 1« année, 1884, pages 29 et }0, et Corres- 
pondanct des contrôleurs généraux des finances avec 
les intendants^ par M. A. de Boîslisle, n» 589. — 
L'original se trouve dans les papiers du contrôle 
général, aux Archives nationales (G^, 432)» 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 6) 

A Paris, ce 26 mars 1704. 

Monseigneur, 

rai été averti sur les huit heures du 
matin que le feu estait au palais des Tui- 
leries, dans un lieu tout proche la salle des 
ballets et des machines^ j'y suis allé et j'y 
ay trouvé M. le maréchal de Vauban qui 
donnait les ordres pour éteitidre le feu: 
fay tâché de le secourir de mon mieux, et 
nous avons envoie chercher Dupérier, 
comédien, avec ses pompes. M. d'Ar- 
genson est ensuite arrivé j et, depuis, 
M. Mansart ; et par les bons ordres qui 
ont esté donnés et surtout par le moien 
des pompes de ce comédien, le feu 
a esté éteint, et au témoignage de 



((4 LB LAaUAIS DB MOLIÈRB 

M. Mansart CO, il ne contera pas cinq 
cents écus pour réparer le plancher et autres 
batimens ruinés par le Jeu ou que Von a 
esté obligé de démolir pour empescher la 
suite du feu. L'endroit où le feu a pris est 
une chambre basse qui nestoit point habitée 
et qui estoit pleine de coffres remplis d^ha- 
bits de ceux qui dansoieni aux ballets; la 
chambre au-dessus est le laboratoire des 
ouvriers du sieur Vuterfielj qui travailloit 
à des globes pour le Roy : je ne puis dire 
si ce sont ces ouvriers qui par quelque 
ouverture du plancher ont laissé couler 
du feu dans la chambre basse qui y a em- 



(i) Jules Mardouin Mansart, le célèbre archi- 
tecte (1646-1708), petit-neveu de François Man- 
sart. 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 65 

brasé les coffreSy les habits et ensuite le 
plancher, mais certainement cest dans la 
chambre basse que le feu a pris, les pierres 
des murailles estant brûlées et calcinées du 
feUy et celles de la chambre haute estant 
entières. y zy vu en cette occasion comme 
en plusieurs autres les effets salutaires 
de ces pompes, qui dardent Teau 
partout où Dupérier veut, et cette 
machine est admirable pour éteindre 
les incendies. Il seroit très avanta- 
geux qu'il y en eût dans tous les 
quartiers de Paris, avec des hommes 
préposés pour faire agir ces machines, 
et aucune dépense, soit qu'elle fût faite par 
le Roy ou par la Ville, ne seroit plus avan- 
tageuse pour la conservation de la ville 
de Taris. 
Je suis avec respect, Monseigneur, votre 

5 



66 LB LAdOAIS DB MOLIÈRE 

très humble et très cbéissant serviteur. 

Robert (0. 

Ce témoignage en haut lieu ne 
devait pas tarder à porter ses fruits. 
Uannée suivante, Du Périer est offi- 
ciellement chargé d'établir, de garder 
et d'entretenir les pompes du Roi, 
auxquelles le produit de la Loterie 
de Saint-Roch, tirée à Paris le lo 
novembre 1705, fut en grande partie 
affecté (^). Faute de fonds, Du Périer 



(i) Claude Robert, an des meilleurs collabo- 
rateurs de d' Argenson à la Police, était procureur 
du Roi au Châtelçt de Paris {Note de Af . de 
Boislisle), 

(2) 12 janvier 1705, ordonnance du Roy pres- 
crivant l'achat, au moyen d'une loterie, de 
12 pompes que Ton déposera dans plusieurs cou- 



L£ LAQUAIS DE MOLIÈRE Sj 

cessa en 1708 d'être chargé des pom- 
pes, qui furent dés lors très négligées. 
Le 23 février 1716, une ordon- 
nance du Roy assure à perpétuité 
l'entretien des pompes, en assignant 
un fonds annuel de 6,000 livres qui 
sera pris au Trésor Royal et remis au 
sieur Du Pérîer, nommé directeur 
général (0. 

vents. — Vo\xVAlmanachillustrépourijo6:\xnàts 
médaillons représente les premières pompes à 
incendie. — M. DuPérier, rue des Petits-Champs, 
proche la place des Victoires, est l'un des « pré- 
posés pour la recette » de la loterie de 400,000 
livres, qui devait être tirée le i«' août 1705. 

(i) Ordonnance du Roy pour le renouvellement 
et entretien des pompes^ avec les indications cer- 
taines des lieux où elles se trouveront pour em- 
pêcher les incendies. — A Paris, chez Jean delà 
Caille, 171 6, in-40. 



6B LB LAaUAIS DB MOLIÈRE 

Seize pompes devaient être réparties 
entre quatre différents quartiers. Cha- 
cune était servie par un gardien et 
un sous-gardien, et le budget de 
6,000 livres était affecté tant à leur 
fourniture et entretien, qu'à la solde 
des 32 gardes et sous- gardes- 
pompes <^), lesquels devaient porter 
un bonnet particulier et être exercés 
au maniement par le sifflet. 

Le terrible incendie du Petit-Pont, 
qui éclata dans la nuit du 27 au 
28 avril 1718, vint justifier Futilité et 
à la fois l'insuffisance de ces mesures, 
et délivrer à Du Périer, alors âgé de 
68 ans, un brevet public de dévoue- 



(i) Chaque gardien touchait 100 livres par an^ 
chaque sous-gardien 50 livres. 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 69 

ment et de courage qu'il faut précieu- 
sement inscrire au livre d'or de la 
Comédie Française : 

€ AU premier bruit du feu et du tocsin, 
dit le Mercure, on envoya chercher les 
pompes de la Ville dont le sieur Dupèriw 
est directeur-général, qui s'y rendit avec sa 

compagnie Mais Tincendie avait été si 

rapide et le mal était si grande que l'on jugea 
comme impossible d'arrêter l'embrasement 
qui était universel à onze heures sur le Petit- 
Pont.... L'Hôtel-Dieu était un objet trop 
important pour qu'on n'y employât pas tous 
les moyens imaginables afin de préserver ce 
vaste édifice contre les torrents de flanunes 
et gerbes de feu qui se rabattaient sur les 
toits... Afin de détourner ce malheur public, 
on n'oublia aucune précaution pour le con- 
server. Outre que les pompes furent (Tune très 
grande utilité dans cette occasion^ on plaça des 



^0 LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 

gens zélés sur le comble de la grande salle 
qui règne le long de Teau; et, quoique 
investis de toutes parts de flammes^ de 
charbons, ils s'en rendirent les maîtres à 
force d'eau (i). 

».... D'un autre côté, quoique le Châtelet 
servit de digue au feu, on ne laissait pas 
d'appréhender infiniment pour la rue de la 
Huchette et la rue Saint- Jacques. M. le 
procureur général en reconnut si bien la 
conséquence, qu'il fit appeler le sieur Du- 
PERIER, et, ayant examiné une petite maison 
qui donne sur l'eau, et qui tient au Châtelet, 
le feu s'y manifesta tout à coup et allait 
prendre aux Boucheries qui sont au-dessous ; 
ce qui aurait fait périr le quartier. Ijs 
pompes firent tout T effet qu^on en attendait en cette 
occasion^ et éteignirent très promptement le feu. 



(i) Le Nouveau Mercure^ avril 1718, p. 199 
et suiv. 



LE (AaUAIS DE MOLIÈRE JI 

».... Le 29, on ne discontinua pas de 
baigner tous les endroits où Ton voyait 
encore la -fumée s'élever, et de faire agir 
les pompes dans toutes les maisons où on 
découvrait encore du feu; c'est en cela 
qvi^elles furent iune très grande utilité^ au 
lieu que, la nuit du 27 au 28, elles servirent 
de peu à cause que, quand elles arrivèrent 
sur les dix heures, l'incendie était Total, et 
qu'il aurait fallu faire passer dessus une 
rivière pour l'amortir (i). 

»... Le sieur Dupërier^ qui est fart actif et 
fort entendu dans toutes les occasions oA il y a du 
Jeu, en donnant ses ordres pour mettre en 



(i) C'est ce qui explique que Saint-Simon et 
Dangeau aient écrit que les pompes n'avaient pas 
dans cet incendie acquis beaucoup d'honneur et 
rendu les services qu'on en espérait, tandis que 
les troupes, les capucins et les cordeliers (dont 
plusieurs périrent) s'y signalèrent. 



72 LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 

place une de ses pompes, fut atteint à la 
cuisse d'un chevron lancé du haut d'une 
maison; et, quoiqu'il fût obligé de*se faire sai^ 
gncTy il revint courageusement 4 ou j heures 
apriSy et agit comme auparavant. » 

Le^ercurede mai (^ revient encore 
sur le terrible incendie : 

« M. le premier Président, informé que Ton 
aurait pu secourir plus efficacement et plus 
promptement les maisons brûlées, si Ton 
n'avait pas manqué d'une infinité de choses 
nécessaires pour arrêter la violence du feu, 
a ordonné qu'on lui dressât des mémoires 
instructifs qui pussent fournir des moyens 
convenables pour se parer à l'avenir de ces 
sortes de malheurs publics: c'est ce qui a 
déterminé un particulier à présenter à M. le 
premier Président le mémoire suivant : 

(l) P. III à 124. 



LE LAQUAIS D£ MOLIÈRE 73 

Reglemens de Police 

que Fan propose pour prévenir les incendies dans 
la ville de Taris. 



5° Les premiers officiers de Ville qui seront 
informés du feu, envoyeront avertir d'abord 
les gardes-pompes du quartier le plus proche, 
de même que le sieiu* Du PÈRiERy leur direc- 
teur; et feront faire cependant, avant que 
les pompes arrivent, des retenues ou bâtards 
d'eau ; ils obligeront tous les voisins d'en tirer 
en droit soi, à peine d'une grosse amande; ils 
feront poser des tonneaux vuides à une dis- 
tance raisonnable de l'édifice brûlant; ils les 
feront remplir, afin que les pompes venues, 
on les fasse jouer dans le moment : ce qu'elles 
ne purent faire (faute d'eau) que cinq quarts 
d'heure après avoir été placées devant l'Hô- 
tel-Dieu, pour arrêter les flammes qui cher- 
choient à le dévorer le 27 du mois dernier. 



74 LE LAQUAIS DE MOLIÈHE 

6^ Enfin, le cas arrivant que, pour le bien 
public, Too se crût forcé d'abattre le lieu qui 
brûle, et même les maisons joignantes, jamds 
on ne prendra cette funeste résolution, sans 
demander l'avis du Directeur des incendies, 
qui sçait bien mieux qu'aucun autre, ce qu'en 
telle occurrence peut ou ne peut pas le secours 
de ces pompes. Le sentiment de cet officier, 
dont r expérience est consommée par plus de cin- 
quante maisons quHl a sauvées (i) ne sçauroit 



(i) Un Mémoire de mars 171 5, retrouvé aux 
Archives nationales par M. A. de Boislislç qui 
nous Ta généreusement communiqué, rappelle 
que Du Périer avait sauvé du feu « le palais des 
» Tuileries en 1704, l'église du Petit Saint* 
» Antoine en 1705, l'ancien hôpital de Saint- 
» Denis qui aurait pu brûler la maison de MM. Da- 
» guesseau, trois maisons aux Halles prés le pilori, 
» une maison de M. d'Ormesson dans la rue 
» Saint-Dominique, prés l'hôtel de Matignon, 
» vingt autres maisons particulières qu'il serait 



LE LAaUAIS DE MOLIÈRE 7) 

estre que bon et nullement suspect : au lieu que ' 
les architectes et charpentiers que Ton con- 
sulte seuls d'ordinaire sur ce fait, aveuglez par 
l'espoir du gain^ parlent autrement qu'ils ne 
pensent, au grand préjudice du malhûreux 
propriétaire qui voit saccager et anéantir sa 
maison, sans procurer aucune utilité pour le 
soulagement des autres. 

Je n'oserais affirmer que Du Périer 
ait été tout à fait étranger à la rédac- 
tion de ce mémoire, dont le trait 
final n'est pas sans malice. 



» ennuyeux de citer (notamment le 1 3 mai 1714, 
» rue de la Barillerie, enfin au mois de février 
» (1715) celle du sieur Andry, épicier dans la 
» rue de la Harpe, et que c'est ledit Du Périer 
» avec ses pompes qui a arrêté tous ces embra- 
ie semens. » 



jé LE LAaUAIS DE MOLIÈHE 

Quoi qu'il en soit, se sentant vieux 
et désirant assurer à son œuvre une 
existence durable, il fit Tannée sui- 
vante recevoir son fils aîné (du second 
lit), qui malgré son jeune âge le secon- 
dait comme lieutenant dans sa compa- 
gnie, en survivance à son emploi: 
par brevet du 9 septembre 171 9, 
François -Nicolas Du Mouriez Du 
Périer, âgé de 14 ans, était appelé à 
succédera son père comme Directeur- 
général des pompes pour empêcher 
(sic) les incendies. 

Le 10 mars 1722, un arrêt du 
Conseil d'Etat, reconnaissant a le 
succès que le service des pompes a 
eu dans les incendies qui sont arrivés 
depuis leur rétablissement », ordonne 
que Du Périer, suivant sa soumission 



LE LAaUAIS DE MOLIÈKE ^^ 

du 25 décembre précédent, sera tenu 
de fournir incessamment 17 pompes 
nouvelles qui, avec 13 des anciennes, 
formeront un total de 30, placées 
sous les ordres du lieutenant-général de 
police, et servies par 60 gardiens rece- 
vant chacun un salaire de 100 livres (^). 
Pour mettre Du Périer en état de 
fournir les pompes et de les entre- 
tenir avec les 60 hommes et les outils 



(i) Une de ces pompes devait être placée à la 
Comédie-Française, une à l'Opéra, une autre à 
l'Hôtel de Bourgogne. (Archives nationales, 
AD125A). 

Outre ces 30 pompes, la Ville en possédait 
plusieurs placées sous les ordres directs du prévôt 
des marchands. Des affiches, renouvelées tous 
les six mois, indiquaient les lieux où elles étaient 
j^posées et la demeure des 60 gardiens. 



78 LB LAaUAIS DB MOUilB 

nécessaires, le Roi lui accorda, par 
lettres patentes du 17 avril 1722, 
enregistrées le 25 au Parlement, une 
somme de 40,000 lîves une fois payée 
et 20,000 livres par an pendant la 
durée de son pivilége. 

Les gardiens portaient une sorte 
de bonnet ou casquette de feutre, 
recouverte d'un tissu de fil de fer; la 
visière était relevée; l'habit uniforme 
était court et de couleur bleu foncé, 
les boutons blancs, les parements et 
le col jaunes. 

Ils devaient être instruits au ma- 
niement des pompes et inspectés tous 
les mois. 

La direction des pompes fut placée 
chez Du Périer, rue Mazarine, en face de 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 79 

la porte des Quatre-Natîons ('); sur 
l'entrée, une plaque de marbre portait 
ces mots : a Pompes publiques du Roi 
pour remédier aux incendies sans qu^on 
soit tenu de rien payer ^^\ 



(i) Cette maison, qui appartenait à sa seconde 
femme, Anne Vaugé « épouse non commune en 
biens », était située vers l'extrémité de la rue 
Mazarine, non loin du jeu de Paume des Mesta- 
yers où Molière avait ouvert son Illustre-Théâtre 
en 1643 • 

En 1784-86, le secrétaire-souffleur de la Co- 
médie-Française, Delaporte, habitait rue Maza- 
rine, la a maison à M. Dumouriez (à Tancien 
Hôtel des Pompes) » qui portait alors le n° 41. 

(2) A la mort de Du Péricr, on inventoria, 
dans le magasin de la cour, trois cuvettes de 
pompe de cuivre rouge, dont une non achevée. 
Les autres pompes ne sont pas comprises dans 
l'inventaire, comme a appartenant au Roy. » 



«9itffW««M#«H#«M#«ltf«ltf«MK)^ 



CETTE fois. Du Périer pouvait dire 
sa tâche accomplie: il songea 
au repos, et fit son testament, que 
je donne en entier parce qu'il com- 
plète et résume la vie agitée du pauvre 
Provençal : 

Au nom du Pire^ du Filsj et du S^-Esprit, 
Amen. 



8^ LE LàaUAIS DB MOLIÈIE 

Je^ François du Mouries^ Du PMer, con- 
sidérant la nécessité de mourir ^ et Fincertitude 
de Fheurey et désirant avant que partir de ce 
monde disposer tandis que je suis en santé 
de corps et d'esprit, du peu de bien que mes 
travaux ont amassé pendant une pénible et tris 
longue vie dont il a plû à la Divine bonté me 
favoriser, fay fait ce mien et présent Testament, 
et dernière volonté, comme il suit. 

Premièrement 

Je recommande mon ame à Dieu, lors qu^il 
luy plaira la séparer de mon corpSy a la glo- 
rieuse Vierge Marie, et a tous les Saints et Saintes 
de Paradis. 

Faisant choix de la sépulture de mondit corps 
du cimetière de S^-Sulpice ma Varroisse, ou ma 
première femme a aussi été enterrée. Ordonnant 
pour le repos de mon âme quUl me soit fait dans 
la susdite Eglise un service à peu de frais, ne 
voulant pas que mondit service et tous les frais 
funéraires montent à plus de trois cens cinquante 
livres une fois paye:^. 



LE LAaUAIS DE MOLIÈRE , 83 

Item je donne et lègue pour le Bastitnent de 
ladite Eglise de Saint-Sulpiu la somme de deux 
cens cinquante livres pour participer aux prières 
desfiddlesqu^on y fait joumelement. 

Item je donneet lègue aussi une fois payée la 
somme de mil livres pour le soulagement de Phos-^ 
pital des enfans trouva^ de cette ville de Paris. 

Item je lègue au nommé Joly habitué au Cap- 
françois, isle et caste Saint-Domingue^ une fois 
payé la somme de deux cens livres^ si lors de 
mon deceds ce jeune homme est encore en vie^ 
et rien à ceux qui se présenteraient cotnme ses 
héritiers. 

f institue mes légataires universels mes enfans 
cy après nomme:^ sçavoir, François Nicolas; 
Antoine François; Marie Anne; Anne Gêner 
vieve; Marie Françoise; et Joseph Antoine Du 
Perier : et pour exécuteur de u mien Testament je 
nomme leur mère mon Epœ^e, damoiselle Anne 
Faugé. 

lUnonçant, révoquant j et annullant tous autres 
Testamens que je pourrais avoir cy devant fais y le 



84 LB LAaUAIS DB MOLIÊRB 

aMh— ^M^— 11-11 « —^^■^1—— I I I fcM^^^^M^^M^— 

sml présent demeurant vallabk, Payant écrit et 
signé de ma propre main à Paris avant niid% 
dans ma chambre^ en la maison ou je demeutt 
rue Mazarine susdite Parroisse le premier juillet 
mil sept cens vingt deux. 

François dumouriez Du Pèrier. /^ 

Moins d'un an plus tard, Tancien 
laquais de Molière mourait, le 21 juin 
1723, un demi-siècle après son maître. 

Pénétrons dans son cabinet: une 
surprise nous est réservée. Deux 
armoires en bibliothèque, plaquées 
de bois d*ébéne, à deux battants fer- 
mant à clef, garnies de fil de laiton et 
en dedans de petits rideaux de taffetas 
vert, contiennent une centaine de 
volumes et des cartes. Une autre 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 85 

petite armoire [i trois guichets ren- 
ferme les papiers. 

Sur un bureau d'ébène à sept tiroirs 
couvert de cuir noir, deux petites 
écritoires également couvertes de cuir 
noir> et une autre en portefeuille. 

Cinq chaises de bois de nô^èir 
garnies de crin et couvertes de cai* 
mande rayée complètent le modeste 
ameublement de cette pièce, à ufié 
seule fenêtre garnie d*un vieui 
rideau de toile de coton. 

Sur deux petites tablettes de bôîS 
noirci, des mouchettes et le porter 
mouchetteâ en cuivre argenté, et 
quelques brochures. 

Enûn, accrochées aux murs^ deux 
petites épées, une paire de pistolets 



86 LB LAaUAIS DE MOLIÊRB 

d'arçon, avec les tableaux et fes 
estampes: 

a Trois tableaux peints sur toîlle, 
représentans des paysages dans leur 
bordure carrée de bois doré. Un 
autre aussy peint sur toille, repré- 
sentant LE sieur de Molière dans 
sa bordure ovale de bois doré; dtxxi 
autres petits tableaux aussy peints 
sur toille représentant deux portraits 
dans leur bordure ovale de bois doré; 
un autre petit peint sur cuivre repré- 
sentant des Flamands; deux autres 
peints sur bois et quatre estampes 
représentant dififérents sujets dans 
leur bordure debois doré et rougy. » (') 

(i) Inventaire du 13 juillet 1723. 



LB LAaUAIS DB MOLIÈRB 87 

Le tout prisé ensemble 40 livres! 

On donnerait aujourd'hui cent fois 
cette somme du seul portrait de Mo* 
lière, qui doit exister encore quelque 
part, mais qu'il sera bien difficile 
d'identifier, le rédacteur de Tinven- 
taire n'ayant pas eu soin d'en donner 
les dimensions. 

Rappelons toutefois, afin de cir- 
conscrire le champ des recherches, 
que les portraits connus peints sur 
toile et de forme ovale sont: le Molière 
de Chantilly, que Mfi^ le duc d'Aumale 
vient si royalement de donner à Tlns- 
titut, parmi tant de merveilles ; celui du 
musée de Versailles; celui qu'attri- 
buait à Lebmn le catalogue de la 
vente Despinoy ; enfin le petit portrait 
par Mignard, provenant de la suc- 



88 LE LAaCAIS DB MGTLIÈltE 

cession de Tévéque de Winchester, 
acquis par M. Emile Perrin pour la 
Comédie Française et conservé au- 
jourd'hui dans la salle du comité- 

Il serait intéressant de savoir lequd 
de ces portraits a appartenu à l'ancien 
laquais de Molière ; cette provenance 
ne serait-elle pas comme un brevet 
de ressemblance authentique? 



^^ 



illC«l«M#lEtf «ItfiKtf «ItftItflEtf lEtf 1E 



VI 



DU Périer, nous Tavons dît, avait 
perdu sa femme, Madelaine 
Jannequîn, le 27 novembre 1690 (0. 
H en avait eu nombre d'enfants, 
dont neuf seulement nous sont 
connus : 

Pierre^ né en 1671, était en 170$ 

(x) Ole poimdt «voir enwoû 37 ans. 



90 LE lAQJOAJS DE MOUÊIB 

intéressé dans les a^res du Roi. Il 
mourut le 24 décembre 1707, rue du 
Jour. 

PierrC'FrançoiSy né le 25 septembre 
1673, ingénieur, était en 1699 lieu- 
tenant au régiment de Picardie. H 
mourut peu de temps après. 

Jean-BaptisU, né le 25 octobre 1674, 
à Rouen, était en 1723 conseiller au 
Conseil souverain du Cap français, 
ile et côte de Saint-Domingue. 

Liorij né en 1676, joua de petits 
rôles d'enfant à la Comédie Française, 
de 1688 à 1692 Qz Coquette, VHomm 
à bonnes fortunes, la Comtesse d^Escar- 
hagnas, le petit clerc du Bon Soldat, 
etc.) <'). Il était en 1705 intéressé 

(i) a On a résolu de £iire fidre un habit an 



LB LAQUAIS DE MOLIÊKB 9I 

dans les fermes du Roy, et en 1723 
munitioimaire général des vivres de 
la marine. Il se faisait appeler sieur 
de Saint-Léon, et avait épousé Fran- 
çoise-Anne-Julie Hindret <0. 

Anne-Antoinette, née en 1680, épousa 
le 6 mai 1705 Thomas Fossart, sieur 
de Rozeville, fils de messire Thomas 
Fossart, ci-devant secrétaire des com- 
mandements de M"^® la duchesse de 
Nemours, et de défunte damoiselle 
Marguerite de Beauvais.Le futur venait 



petit Du Périer, pour jouer dans Régulus et que 
la dépense sera de dix louis d'or au plus, si faire 
se peut, ce qui sera exécuté par les quinzai- 
niers ». Délibération du 7 juin 1688. 

(i) Son beau-frére, N. Hindret, sieur de Fren- 
neval, était directeur général des fermes à Lan- 
gres. 



$2 LB LAatJAIS DB MOLIÈKB 

d'obtenir un des cent offices de coifr- 
missaire-inspecteitr dans toutes les 
halles etmarchésdelavilleetfaubourgs 
de Paris, créés par Tédit d'août 1 704 ; fl 
était en 1 723 trésorier delà marine <*^, 

Anne-EdouardCy née en 1685, assis- 
tait en 1705 au contrat de sa sœur. 

Jean-FrançoiSy baptisé le 30 janviâr 
léSj, fut tenu par le comédien Jean 
Le Comte, un camarade de son péit» 
et la veuve de Brécourt, Edennette 
Desurlis, sa grand'tante maternelle <^; 
mort en bas âge. 

Marie-Henriette-Charlotte, née à la 
fin de 1687 ou au commencement 



(i) C'est en kveor de ce oiaiiage que Du 
P^er donna 25,000 livres à Anne-Antoinette« 
(2) Jal, p. 954. 



LB LAQUAIS DB MOLIÈRB 93 

dk 1688, fut mise en nourrice à 
Bruxelles et revint àParis après la mort 
de sa mère. Elle 'mourut le 21 juin 
1718, rue Royale, paroisse S^Roch, 

Jeanne-Maddetncy baptisée le 13 mai 
1689 <^), eut pour parrain Jean-Bap- 
tiste Raisin (le cadet) et mourut en 
bas âge. 

Devenu veuf, Du Périer épousa en 
secondes noces (le contrat est du 
24 novembre 1707) Anne Vaugé, 
qui lui donna aussi beaucoup d'en- 
fants, dont six étaient vivants à la 
mort de leur père: 

François-Nicolas^ né en 1706 (pro- 



(i) Jal, p. 954. 



LE LAaUAlS DB MOLltlE 94 

bablement â>^nt mariage), lieutenant 
dans la compagnie des gardes*pompes, 
il obtint la survivance de son père 
par brevet du 9 septembre 17 19 et lui 
succéda, quatre ans plus tard, comme 
directeur-général des pompes. 

Par brevet et lettres patentes du 15 
août 1760, Pierre Morat fut « commis 
» pour faire le même service, au lieu 
» et place de Dumouriez fils », qui 
se retira avec 5,000 livres de pension 
viagère. Dix ans après, François- 
Nicolas était conseiller du Roi, pré- 
sident trésorier de France au bureau 
des finances de la généralité de Mon- 
tauban. 11 mourut avant I785» 

Antoine-François, né en 1708, après 
avoir servi au régiment de Picardie, 



LE LAQUAIS DB MOUÈftB ^J 

devînt commissaire des guerres et 
mourut en avril 1769. 

ïMarie-Anne, née en 1710, épousa 
en premières noces François-Etienne 
4e Fontenay, dont elle eut un fils, 
mort officier dinfanterie, et deux 
filles, dont l'aînée épousa le marquis 
de Perry de Saint-Auvant, lieutenant- 
colonel du régiment de Noailles-cava- 
lerie; la cadette, son cousin-germain 
Charles-François Dumouriez, Marie- 
An ne, remariée à messire Jean-Jacques 
Léonor Le Grix de la Potterie, lieu- 
tenant général civil et criminel au 
bailliage de Pont-Audemer ('>, habita 
cette ville de 1 762 à 1774 : elle mourut 
en 1792. 

(i) Voir aux Pièces justificatives. 



li LAQUAIS DB IIOUÊIB 



Anne-Gencvièvej née en 17 12. 

Marie-Françoise, née en 1 7 1 3 . 

Enfin, Joseph-Antoine, né en 171 5, 
était en 1755 premier commis des 
bureaux du duc de la Vriiliére, à Ver- 
sailles ; il fut plus tard premier commis 
de M. de Saint-Florentin, et ajoutait 
à son nom celui de la Geneste. 

Ce ne sont là que quinze des trente- 
deux enfants de Du Périer, qui aurait 
eu, de ses deux lits, 24 garçons et 
8 filles (0, 

Nous venons de donner les noms 
de 7 de ces dernières. 
Il nous resterait à trouver la 8® et 



(i) Mémoires de Dumourieiy éd., F. Barrière, 
Paris, Didot, 1848, in-x8. 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 97 

i6 garçons, si le chîffi-e 32 est exact. 
Or, il suffit, pour qu'il le soit, que 
IDu Périer ait eu un enfant chaque 
année, de 1671 à 1690, et de 1705 à 
1716, ce qui est douteux, mais non 
pas impossible. 



^?^ 






VII 



DE tous ces enfants, l'un surtout 
mérite de fixer notre attention ; 
c'est Antoine-François, né à Paris le 
3 janvier 1708. 

Après avoir commencé à servir 
dans le régiment de Picardie ce où ils 
étaient sept frères à la fois (?), » il 
obtint en 1732 une charge de com- 
missaire des guerres et épousa l'année 



lOd us L^aiIAlS DE MOLIÈRE 

suivante Sophie-Eléonore-Ernestine 
Pâtissier de Châteauneuf, fille, petite- 
fille et sœur de comédiens de cam- 
pagne, et cousine du futur lieutenant- 
général Bussy (ï). 

Il avait un goût très vif pour la 
peinture, la musique et en général 
pour tous les beaux-arts, fit quelques 
traductions de comédies italiennes, 
espagnoles et anglaises, un recueil de 



(i) Charles-Joseph Pâtissier, marquis de Bussy- 
Castelnau, fik de Philibert et de Sophie-Ernestine 
Passerat, né à Bucy-le-Long, prés Soissons, en 
1718, mourut à Pondichéry, en janvier 1785, 
commandant de l'armée française aux Indes. 

Nous n'avons pu retrouver son acte de nais- 
sance, les archives de Bucy et celles de Soissons 
ayant été en partie détruites lors de l'invasion 
de 1814. 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE lOI 

Poésies fugitives, un opéra, Griselidisy 
une tragédie, Démétrius, sujet déjà 
traité par Métastase et par Corneille 
dans don Sanche d'Aragon. . 

En 1759, pendant la guerre de 
sept ans, il était chargé de l'inten- 
dance de l'armée du maréchal de 
Broglie, ce qui ne l'empêcha pas de 
travailler à son poème de Richardet, 
imitation et réduction heureuse du 
Ricciardetto de Forteguerri; cette publi- 
cation, commencée en 1 762, valut à 
Dumouriez les suffrages de Voltaire. 

11 avait acheté une petite terre prés 
de Saint-Germain-en-Laye, et il tra- 
vaillait dans la retraite à un ouvrage 
sur Y Administration des armées lorsqull 
mourut en 1769, commissaire-ordon- 
nateur au département de Paris, chc- 



I02 LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 

valier de l'Ordre Royal et Militaire 
de Saint-Louis <^l 

Ses fonctions l'avaient attaché plus 
de douze ans à Cambrai. C'est dans 
cette ville que, le 26 janvier 1739, 

lui naquit un fils, Charles-François (^), 



(i) Il demeurait alors rue Pavée, paroisse 
S*-Eustache, au 2« étage, à Tencoignure de la 
rue des Deux-Portes S*-Sauveur. 

(2) De ses deux filles, nées de 1734 à 1738, 
Tune, Nicole-Amélie, mourut abbesse de Fer- 
vacques, à Saint-Quentin ; l'autre, Anne-Char- 
lotte, épousa en 1767 le baron Jean-Ferdinand- 
Cézar de Schonberg, un saxon, brigadier des 
années du Roy, mort lieutenant-général au ser- 
vice de la France. Leur fils, comte Xavier de 
Schonberg, colonel de dragons, défendit le Roi 
aux Tuileries le 10 août, et quitta la France après 
l'emprisonnement de Louis XVL II était à Dresde 
en 1794. 



LE LAQUAIS DE MOLIÈRE IQ3 

qui fut plus tard le général Dumouriez. 

On trouvera le curieux récit de son 
enfance et de sa jeunesse en tête des 
Mémoires qui ont paru sous son nom. 

Qu'il nous suffise de rappeler ici 
qu'il n'avait que six ans lorsqu'il 
perdit sa mère ('), que son père se 
consacra d'abord à son éducation et 
l'envoya ensuite au collège Louis- 
le-Grand, d'où il sortit après sa rhéto- 
rique, en 1753, qu'enfin il fit un 
mariage d'amour en épousant sa cou- 
sine-germaine, Marie-Marguerite de 
Broissy, à Pont-Audemer (13 septem- 
bre 1774). 



(i) S.-E.-E. Pâtissier de Châteauneuf, décédée 
à Cambrai, paroisse de la Magdeleine, le 9 sep- 
tembre 1745 (état civil de Cambrai). 



104 I^ LAQUAIS DE MOLIÈRE 

. Insistons surtout sur ce points 
inconnu jusqu'ici, que le vainqueur 
de Jemmapes, le héros de Valmy se 
trouve avoir eu pour grands-pères 
deux comédiens, Châteauneuf et Du 
Périen 

Le général, dans ses Mémoires, s'est 
bien gardé de les nommer. 

Peut-être devait-il au moins un sou- 
venir au père de son père, à ce fils de 
ses œuvres, qui fut un homme de tra- 
vail et d'énergie, qui lutta courageux 
sèment toute sa vie, rendit de vrais 
services, et, parti de si bas, s'éleva 
peu à peu et fit souche dlionnétes 
gens. 

N'est-ce pas un peu au oc bonhomme 
Du Périer » que le futur ministre dût 
d'avoir l'enfance douce, et l'instructioa 



LB LAQUAIS DE MOLIÈRE IO5 

facile et précoce? Et, plus tard, deà 
70,000 livres qui lui revinrent dans 
k succession de son père, il y avait 
bien quelques écus des premières 
économies de Provençal, quelques 
pistoles de la part et de la pension du 
comédien du Roi, quelques louis des 
gains de l'homme d*affaires. Enfin — 
plus précieux héritage ! — les partisans 
de l'atavisme n'auront pas de peine â 
reconnaître dans le petit-fils Tesprît 
actif, entreprenant, aventureux, l'a- 
dresse, le courage et la persévérante 
volonté du grand-père. 

En un temps où Ton prodigue 
volontiers le marbre et le bronze, 
serait-il ambitieux de réclamer pour 
la mémoire d'un homme utile, sinon 



lOé LE LAQUAIS DE MOLIÈRE 

son buste dans la cour de TEtat-major 
des sapeurs-pompiers de Paris (il 
n'existe pas de portrait de Du Périer), 
du moins une modeste inscription 
sur la façade de l'ancien Hôtel des 
Pompes, qu'il habita jusqu'à sa mort? 
Si ma proposition agrée au Comité 
dont j'ai l'honneur de faire partie, 
François Du Mouriez Du Périer aura, 
lui aussi, réalisé ce rêve de son petit- 
fils, de ne pas mourir tout entier M. 

(i) Non omnis moriarl c'est, comme on sait, 
l'épigraphe des Mémoires du général Du Mouriez. 







PIÈCES JUSTIFICATIVES 



2 décembre 1673. 

Fut nommé Pierre-François y fils de Fran- 
çois DU Perier et de Madelaine de Ro- 
CHEFORT, comédiens, de présent dans cette pa- 
roisse, né le 25* de septembre dernier, par 
Pierre Pageot, dit Des Forges (i), et par Mag- 



(i) Pierre Pajot était à Lyon le 29 février 166^ 



I08 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

delaine Mousson (i), auquel furent conférées 
les cérémonies du baptême^ ayant été bap- 
tisé à cause du péril de mort. 
Et ont signé : 
P. Pajot. Du Pereer. / (2). 

MAGDELENE MOUSSON. 

(Registre de la paroisse St-Eloi de Rouen, 
f> 20, v^. 



(Brouchoud, p. 54). Je le rencontre encore à 
Paris le 9 avril 1680 dans la Troupe de S. A. R. 
ijfme la DauphirUy avec ses deux filles Marguerite 
et Marianne Desforges, Chasteauvert, Des Bros- 
ses, Dorilly, Delamarche, les deux Richemont. 

(i) Madeleine Mousson, d*une nombreuse fa- 
mille de comédiens, les Mousson Du Rocher. 

(2) Du Périer semble imiter ici la signature de 
Molière. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES IO9 



n 



iz novembre 1674. 

Baptême de Jean-Baptiste^ fils de François 
DuFÈRiER et de Magdelaine GEMEaum de 
RocHEFORT, de cette paroisse, né du 25* 
jour d'octobre dernier passé. 

Le parrain : Jean-Baptiste Droûet. 

La marraine : Elisabeth Raisin (i). 

Et ont signé : 

Drouet. Raisin. 

François Du Pèrier. 

(Registre de la paroisse Saint-Eloi de 
Rouen). 



(i) Cest la petite Babet Raisin, la sœur ainée 
de Jacques et de Jean-Baptiste, née le 20 septem* 
bre 165 1, morte le 7 janvier 1676. 



IIO PIÈCES JUSTIFICATIVES 

m 

Ordre pour les Comédiens François 

En conformité du Règlement fait par 
Madame la Dauphine au mois d'avril 1685 
en faveur des Comédiens François, par le- 
quel il a esté réglé qu'en cas de deceds 
d'aucun d'eux, celuy qui rempliroit sa 
place seroit tenu de donner à sa veuve ou 
héritiers par forme de recompense la somme 
de 4400 1. pour une part entière, et pour 
la demie ou quart de payer lad. somme à 
proportion, et en cas que lad. part fust 
chargée de pension que celuy qui la pren- 
droit seroit tenu de la continuer, il a plû à 
Madame la Dauphine de disposer de la part 
du deflfunt s' de Rosimont, sçavoir : d'un 
quart et demy en faveur de la femme du 
s' Baron, d'un autre quart et demy en fa- 
veur du s' Le Comte, et du quart restant 



PIÈCES JUSTinCATIVES III 

de lad. part en faveur du s' du Perrier que 

Madame la Dauphine a ordonné estre admis 

dans lad. Troupe^ en payant tous trois à la 

veuve du dit Rosimont la somme de 4400 

liv. et en continuant à la Troupe la pension 

de 560 1. dont lad. part estoit chargée à 

proportion de ce qu'ils en profitent. 

Fait à Fontainebleau, ce 6* novembre 

1686. 

Signé : Lk Duc d'AuniONT. 

(Archives de la Comédie française). 



TV 
Ordre pour la part de Dauvilliers 

D est ordonné à la troupe des Comé- 
diens François de faire paier la part de 
defiunct Dauvilliers aux cinq particuliers 
cy après déclarés, sçavoir : 

à Rozeli, un quart ; 

à Sevîgny, un quart ; 



m PIÈCES JUSTIFICATIVES 

à DupËRiè, un quart ; 

à M"« de Rieu, un demi-quart ; 

et à M"* Desbrosses, l'autre demi-quart| 

à commancer du seize du présent mois, 
attendu que led. Dauvilliers est décédé le 
quinze; à la charge de paier par eux la 
somme de quatre mil quatre cens livres à 
la veuve dud. Dauvilliers dans deux mob, 
suivant et au désir du règlement du 29 oc- 
tobre 1685. 

Fait à Versailles, le xxvi* août 1690. 

Signé : Le Duc d'Aumont. 
{Archives de la Comédie Française). 



V 

Retraite de Du Pêrier 

Monseigneur, ayant accordé la permission 
à DuPERiER, l'un des Comédiens du Roy, 
de se retirer de la Trouppe, Ordonne que 



PIÈCES JUSTIFICATIVES IIJ- 

tous les RôUes dud. Duperrier soient jouez 
d'orêsnavant par Dangeville, sans neamoins 
luy oter ceux qui luy ont été donnez par le 
dernier Règlement. 

Fait à Fontainebleau, ce 19* Octobre. 
1705. 

Signé : Le Duc de Beauvilliers. 
(^Archives de la Comédie Française). 



VI 

Pièces nouvelles daks LEsauELLES 

Du PÉRIER A CRÉÉ UN ROLE. 

1686. Phraate, Campistron. 

1687. Le Rival de son maître, ***. 

— Le Petit homme de la foire. Raisin aîné. 

— Varron. Dupuis. 

— Le Jaloux, Baron. 

1688. Régulus. Pradon. 

— La Coupe enchantée, La Fontaine etChamp- 

meslé. 

8 



114 PIÈCES JUSTinCATIVBS 

1688. La Maison de campagne, Dancourt. 

— Les Amans magnifiques. Molière. 

— Annibal. Riupeirous. 

— Coriolan. Abeille. 

— Phocion. Campistron. 

1689. Les Fontanges. Baron. 

— Demétrius. Aubry. 

— Le Concert ridicule, Palaprat. 

1690. La Folle enchère. Dancourt. 

— Le Ballet extravagant. Palaprat. * 

— L'Eté des coquettes. Dancourt. 

— Berlin déserteur. Dancourt. 

— Le Secret révélé. Brueys et Palaprat. 

— V\€erlin gascon. Raisin aîné. 

— Le Carnaval de Venise. Dancourt. 

1691. La Parisienne. Dancourt. 

— Le ^uet. Brueys et Palaprat. 

1692. La Femme d'intrigues. Dancourt. 

Le Prologue du Négligent. Dufresny. 

La Galette de Hollande. Dancourt. 

L'Opéra de village. Dancourt. 

— Jugurtha. Péchantré. 

1693. La Prude du temps. Palaprat. 

— Aétius. Campistron. 



PIÈCES jUSTIFICATTVBS II5 

1693. Le Fourbe, Lenoble. 

— Zénobie. Boyer. 

— L'Important. Palaprat et Brueys. 

1694. Adherhal. La Grange-Chancel. 

— Le Dédit, Dufresny. 

— Le Caffé, J.-B. Rousseau. 

— Les Mots à la mode, Boursault. 

-^ Les Mœurs du temps. Palaprat et St-Yon. 

— Germanicus. Pradon. 

1695. Judith. Boyer. 

— Le Génois. ***. 

-^ Le Tuteur. Dancourt. 

— La Foire de 'Bezpns. Dancourt. 

— Bradamante. T. Corneille. 

— Sésostris, Longepierre. 

1696. L'Aventurière. De Vizé. 

— Agrippa. Riupeirous. 

— Le Vieillard couru. De Vizé. 

— Le Médecin maréchal. ***. 

— Les Sœurs rivales. Quinault (?). 

1697. Scipion. Pradon. 

— Le Chevalier joueur. Du Fresny. 

— La Loterie, Dancourt. 
1699. La Mort d'Othon. Belin. 



Il6 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

1699. ^élicerte. Guérin fils. 

— Gahinie, Braeys. 

1701. Amasis. La Grange-Chancd. 

— Esope à la cour. Boursault. 

1702. Monteiume. Ferrier. 

— ^Arie et Têtus. M"« Barbier. 
1705. Cornélie. W* Barbier. 

— r Lu Princesse d'Elide, reprise avec prolo- 
gue et divertissements de Dancoort. 

— Le Faux honnête homme. Du Fresny. 

— Le Bailli marquis. Du Fresny. 

— VInconnUy reprise avec prologue et diver- 

tissements de DancQurt. 

— Corêsus. La Fosse. 

— ^Iceste. La Grange-Chancel. 

1704. Les Amans magnifiques^ reprise avec nou- 

veaux divertissements de Dancourt. 

1705. Retraite. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES II7 

vn 

Dettes de Du Pèrier en 1692. 

i.ioo liv. » à Le Comte pour payer à la 
veuve de Rosimond en 
1686. 
1.200 1 x> à Raisin l'aîné, en plusieurs 
fois. 
759 » » à Le Comte, prêtées pendant 
la maladie de sa femme. 
1.390 » » à Champmeslé, prêt. 
612 » » au même, pour faire enterrer 

sa femme. 
548 » IS> âu sieur Bourgeois, mar- 
chand, pour linges et 
dentelles, tant pour le 
deuil que linge de table 
et autres. 
995 ^ 10, à Langlois, marchand drap- 
pier, pour étoflFes pour 



Il8 PIËCBS JUSTIFICATIVES 





l'habiller et ses cnfsmts, 




tant pour le deuil qu'au- 




trement. 


627 » 


» au sieur Galland^ courrier de 




Paris à Bruxelles, qu'il a 




fournies audit Bruxelles, 




tant pour feue sadite fem- 




me, que pour pensions 




d'Henriette Dumouriez sa 




fille, et son voyage de 




Bruxelles à Paris. 


500 » 


» à la dame de Brécourt, sa 




tante. 


1.300 » 


» au sieur de Rochefort, son 




beau-fi-ère. 


950 » 


» au sieur Cavrot, pour prêts. 


830 » 


» au sieur Procope (probable- 




ment pour loyer). 


310 » 


» au sieur Tinquaire. 



11.422 liv. 5 
A la même date, on inventoria : 



PIÈCES JUSTIFICATIVES II9 

Dans la loge de la Comédie : 

Une tanture de tapisserie de Bergame 
contenant lo aulnes ou environ^ 6 chaises 
de point de Hongrie, un petit miroir et des 
tablettes de bois 22 liv. » 

Item, un habit à la Romaine 
or et aigent fin, et trois autres 
habits faux, prisé le tout en- 
semble 230 » » 

Item, un justeaucorps en 
broderie d'argent fin, un autre 
justeaucorps rouge à galond 
d'or fin, des gands à fi-ange d'or 
fin, plusieurs méchants habits 
comiques, et un sabre d'argent, 
prisé le tout 109 liv. 10 

Dans la maison de la rue des Fossés : 

20 aulnes de vieille tapisseries de l'apport 
de Paris (i). 

(i) L'apport de Paris ou rapport-Paris était le 



120 PIÈCES JUSTIFICATIVES 



Une écuelle couverte et un gobelet d'ar- 
gent doré d'Allemagne pesant un marc^ 
prisé 24IÎV. » 

Déclarant le sieur Dupérier que lesdits 
écuelle et gobelet cy-devant inventoriés ont 
esté donnés par M"« la Duchesse d'Orléans 
à Léon Dumourier, Tun de ses en&nts. 

Ensuivent les habits : 

Un manteau rouge, un justeaucorps et 
une veste de pinchina; un autre justeaucorps 
de drap couleur de canelle avec la veste à 
boutonnières d'argent et la culotte desdits 
deux habits, et une robe de chambre de 
satin vert et rouge. . . . 100 liv. » 



nom que l'on donnait au marché du Grand- 
Châtelet. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 121 



VIII 

1*6 quatre Janvier mil sept cent huit a été 
baptisé Antoine-François y né le jour d'hier, 
fils de François Dumourier Duperrier, offi- 
cier du Roy, et de Anne Vaugé, sa femme, 
demeurant rue Galande. 

Le parein, Antoine-François Prévost (i), 
marchand evantaliste ; la mareine, Marie 
Brillart femme de Philippe Clément (2), bour- 
geois de Paris, demeurant à la Porte Saint- 
Michel ; le père absent. Le parein et la mareine 
ont signé. 

(Extrait des Reg. des baptêmes de TE- 

(i) Petit-fils de Marin Prévost, comédien de 
Molière, dont la femme, Anne Brillart, était 
ouvreuse de loges au Petit-Bourbon et au Palais- 
Royal. Molière avait été parrain de leur fille le 
20 novembre 1661. 

(2) La veuve de Molière avait tenu leur fille 
Marie-Grésinde le 16 juillet 1673 (Jal, p. 184). 



122 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

' — ^— — ^— ^^— 

glise paroissiale et archipresbitérale de St- 
Severin, à Paris). 

(Archives nation. Y. 4924). 



IX 

Au Roi 

Sire, Du Perier remontre très respectueu- 
sement à Votre Majesté qu'ayant sauvé. par 
ses pompes plusieurs maisons qui brûloient 
dans Paris, notamment celle qu'occupe le 
sieur Hainault, baigneur, appartenant à St- 
Cyr et, le 16 mars 1704, jour des Rameaux, 
le palais des Tuileries, il demande en grâce 
pour récompense de ses services qu'il vous 
plaise. Sire, en le tirant de la Comédie, lui 
accorder une pension de 3000 1. pour élever 
six enfants qu'il a; moyennant quoi le sieur 
Duperier offre d'entretenir les pompes qu'il 
est nécessaire de mettre dans les maisons 



PIÈCES JUSTIFICATIVES I23 

royales de V. M. pour la santé de laquelle, 
sa famille et lui, font continuellement des 
vœux au Ciel. 

MÉMOIRE 

Duperier, qui, par ses pompes, a eu le 
bonheur de sauver du feu plusieurs maisons 
qui brûloient dans Paris, ainsi que le Palais 
des Tuileries, demande en grâce au Roi 
pour récompense de ses services qu'il plaise 
à S. M. de penpettre à M. M. le prévôt des 
marchands et échevins'de la ville de Pa- 
ris, après la loterie royale fermée, d'en ou- 
vrir une autre de 400.000 1., dont le dixième, 
montant à 40.000 L sera prélevé et donné au- 
dit Duperier, qui de sa part donnera et 
délivrera trente de ses pompes à Messieurs 
de Ville, pour être distribuées dans les 
différents quartiers de Paris, sous la direc- 
tion des anciens échevins, qui se trouve- 
ront par ce moyen toujours en état de se- 
courir avec les pompes les maisons où le 



124 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

feu pourroit prendre, et donneroit audit 
Duperier occasion de quitter la Comédie, 
dont il a détourné six enfants qu'il a. 

Au dos : « Mémoire de M. Duperier^ co- 
médien » ; et de la main du Roi : « A Cha- 
millari. » 

(Arch. Nat., G^ 432. — Communication 
de M. Arthur de Boislisle). 



A Paris, le 18 mai 17 14. 

Monseigneur, Je prends la liberté de faire 
à V. G. un bref récit du désastre arrivé 
dimanche dernier 13 du présent mois de 
may 1714. Vers les 4 heures du matin, le 
feu s'estant pris dans la rue de la Barille- 
rie, qui touche au Palais, en descendant le 
pont Saint-Michel, à la maison d'un cor- 
donnier nommé Bilouard, il y en auroit eu 
plus de 20 autres d'embrasées sans le se- 
cours des pompes. M. le premier président, 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 12$ 

qui se transporta dans la trésorerie de la 
S" Chapelle, tout proche et vis-à-vis de 
ce feu, la rue n'ayant pas dans cet endroit 
plus de 15 pieds de large, m'envoya cher- 
cher en toute diligence, et il a été oculaire 
témoin que, me portant partout pour l'étein- 
dre, je me suis mis en péril plus d'une 
fois d'estre écrasé sous les ruines de cette 
maison brûlante, et cela, Monseigneur, 
parce que je n'avois pas, pour m'aider, un 
seul homme qui fût instruit au maniement 
des pompes. 

S'il y avoit eu, comme il doit y avoir 
dans un Paris, des gens préposés et paies 
pour servir les dites pompes, non seule- 
ment cette unique maison n'auroit pas été 
endommagée, mais encore on auroit sauvé 
la vie à un pauvre compagnon que la crainte 
de brûler fit précipiter d'un quatrième étage 
dans la rue, où il mourut un quart d'heure 
après, et empêché que sa femme, qui prit 
le même parti, n'eût eu les membres tout 



126 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

fracassés sur le pavé. Le cordonnier, sa 
femme, sa sœur et leurs plus grands enfants 
descendirent par une très petite corde, après 
avoir été forcés de jeter eux-mêmes par leur 
fenêtre leur petite fille âgée de 3 ans, que 
Dieu conserva par miracle. 

Pour prévenir, Monseigneur, de sembla- 
bles malheurs dont Paris est menacé tous les 
jours, j'estime que Ton ne sauroit trop tôt 
mettre à exécution mon mémoire qui vous 
fut recommandé à Marly par M* le maré- 
chal de Villars, et renvoyé par V. G. à M^ 
le prévôt des marchands. Cet établissement, 
qui est si nécessaire, est digne de votre atten- 
tion, et j'attends là-dessus vos ordres avec 
autant de respect et de soumission que j'ai 
rhonneur d'être. Monseigneur, 

Votre très humble et très obéissant ser- 
viteur^ 

Du Perier / 

(Communication de M. A. de Boislisle). 



PIÈCES JUSTIFICATIVES llj 

XI 

Acte de mariage d' Antoine-François. 

Le seize novembre mil sept cent trente- 
trois, a été célébré le mariage i! Antoine'- 
François Dumourier Duperrier, âgé de 
vingt-six ans, commissaire ordinaire des 
Guerres de l'armée d'Italie, fils de feu Fran- 
çois Dumourier Duperrier, Directeur-général 
des pompes du Roy, et d'Anne Vauger, 
présente et consentante ; avec Sophie-Eléonore- 
Ernestine Paticier, âgée de trente-trois ans, 
fille de Pierre (i), intendant de feue M"*« la 



(i) Pierre Pâtissier, sieur de Châteauneuf, fils 
de Pierre Pâtissier, marchand de chaussures, et 
de Catherine Ruffin, sa femme, avait épousé, en 
avril 1691, à Paris, Marie-Françoise Chantrelle, 
fiHe de Jean Chantrelle et de Madeleine Biet, 
connus au théâtre sous le nom de Du Boccage. 



128 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

comtesse de Platen et de feue Françoise 
Boncours (i); les deux parties de cette 
paroisse, y demeurantdepuis plusieurs années, 
répoux rue Mazarine, l'épouse rue des Cor- 
delliers; un ban publié en cette église sans 
opposition, dispense de deux obtenue de 
Mk' l'Archevêque en datte du six du présent 
mois insinué et controllé le même jour, 
fiançailles faites hier. 

Présens et témoins : Henry Dumas, n^o- 
ciant demeurant rue Baubourg, paroisse 
S*-Merry ; Jacques Dumas, négociant demeu- 
rant rue Simon-le-Franc, amis de l'époux; 
Charles Merey, bourgeois, rue Mazarine ; 
Jean Apoil, bourgeois, rue Contrescarpe, 
paroisse S*-André-des-Arts, amis de l'épouse. 



(i) A moins d'identifier Françoise Boncourt 
avec Françoise Chantrelle, il faut admettre que, 
devenu veuf vers 1698, Pierre de Chàteauneuf 
s'était remarié vers 1699. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES I29 

qui tous ont certifié le domicile des parties 
comme dessus et leur liberté pour le pré- 
sent mariage, et ont signé. 

(Extrait des Reg. des Mariages de 
l'Eglise paroissiale de St-Sulpice 
à Paris). 

(Arch. Nat. Y, 4924). 

xn 

Acte de naissance du Général Dumouriez 

L'an mil sept cent trente-neuf, le vingt- 
six du mois de Janvier, fut né vers les deux 
heures du matin et le même jour baptisé Char- 
h'François Dumouriez (ajouté en marge : 
Duperier) fils de Monsieur Antoine-François 
Dumouriez (ajouté en marge : Duperilr) 
Ecuyer commissaire des guerres du départe- 
ment de Cambray, et de Dame (Caroline 
biflFé et remplacé en marge par) Sophie-Eléo- 
nore-Ernestine Pâtissier de Château Neuf, 





130 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

son épouse légitime ; le pârain messire Gil- 
bert François Parisse de Bellebatte, cban* 
noinne et prévost de la Métropollé de Cam- 
bray, et marainne Madame Marie- Jacqueline- 
Françoise Govile d'Oshannussy, le père 
présent, lesquels ont signé : Du Mouriez, 
Bellebat, gouville doshannussy, a. Ro- 
ger, Pasteur de St-Nicolas. 

En marge est écrite la mention suivante : 

Les corrections cy-dessus out été faites en 
exécution de la sentence rendue au Chatelet et 
siège présidial de Paris le vingt-deux février 1769 
dont copie est transcrite au registre de la pré- 
sente année, folio 27 et suivans, le tout par or- 
donnance de Messieurs du Magistrat de cette 
ville rendue sur le placet dudit sieur Dumouriez 
Duperier, Commissaire-Ordonnateur au départe- 
ment de Paris le huit Mars IJ69, témoin, signé: 
Dechiévre. 

(Extrait conforme d'un Registre aux ac- 
tes de TEtat-Civil de la ville de Cambrai 



PIÈCES JUSTIFICATIVES I3I 

(Paroisse St-Nicolas) pour les années 1737 
à 1744, archives de la Mairie). 



XIII 

Acte de maruge du général Dumouriez. 

Ce Jourd'huy mardy treiz' jour de sep- 
tembre mil sept cents soixante quatorze, 
après la publication des bancs du futur 
mariage entre Monsieur Charles-François Du 
M0URIER Du Perier, ecuyer, chevalier de 
Tordre Royal militaire de Saint-Louis, colonnel 
à la suitte de la légion de Loraine, fils majeur 
de feu Monsieur Antoine-François du Mou- 
rier Duperier, et de feue dame Sophie-Eleo- 
nore-Ernestine de Pâtissier de Château neuf, 
de la paroisse dfc*'Saint-Roch de Paris, d'une 
part; et demoiselle Marie-Marguerittâ-Leanord- 
Etienne de Broissi^ fille majeure de feu 
Monsieur François-Etienne de Fontenay et 



132 PIÈCES JUSTmCATIVES 

de dame Marie-Anne du Mourier Duperier, 
veuve en secondes noces de feu Messire 
Jean-Jacques Leonord Le Grix de la Pot- 
terie (i), lieutenant-général civil et criminel 
au Bailliage de cette ville, d'autre pan ; 

Je soussigné M» Pierre-Jean-François-Ama- 
ble Perchehaye, prêtre, docteur en la faculté 
de théologie de Paris, et prieur de la commu- 
nauté des Carmes de cette ville; avec la per- 
mission de M. Lelièvre, ancien professeur 
en l'Université de Caen et curé de cette pa- 
roisse, ai reçu après les fiançailles célébrées le 
jour d'hier en cette église, leur mutuel con- 
sentement de mariage (2) et leur ai donné la 

(i) Les Mémoires de du Mouriei la disent veuve 
d'un marquis de Belloy : ce n'est pas la seule 
inexactitude qui soit à relever dans cet ouvrage. 

(2) Ce mariage ne fiit pas heureux ; il avait 
pourtant commencé par un double sacrifice de 
la part du fiitur général : la petite vérole avait 



PIÈCES JUSTIFICATIVES I33 

bénédiction nuptiale avec les cérémonies 
prescrites par la Sainte-Eglise ; présence dudit 
sieur Lelièvre, curé de cette paroisse, de Mes- 
sire Jacques de Baillehache, écuyer, sieur de 
Longueval, chevau-légerde la garde ordinaire 
du Roy, de Maurice Thipagne, sacristain, de 
Pierre-Maurice Turgis, qui ont signé avec 
nous : 

Du MOURIER Du PeRIER. — ESTIENNE DE 

Broissy. — DuMouRiER Du Perier de la 
PoTTERiE. — Baillehache de Longueval. 

— Turgis. — M. Thiphagne. — Lelièvre. 

— Amable Perchehaye, prieur des Carmes. 

(Extrait des registres des baptêmes 
et mariages de la paroisse de S*- 
Ouen, principale du Pont-Au- 
demer, pour Tannée 1774). 

défiguré sa fiancée ; non seulement il persista à 
l'épouser, il vendit à cette occasion cinq mille 
volumes de sa bibliothèque. Au bout de quatorze 
ans, ils étaient séparés. 



134 PIÈCES JUSTIFICATIVES 



XIV 
Les Du Pèrier. 

En présence ides contradictions que j'ai 
relevées dans les biographies, et faute de 
documents authentiques, j'ai dû renoncer 
à contrôler et à compléter la généalogie 
des Du Périer, qui est conservée manus- 
crite aux archives de Seine-et-Oise. 

Selon les Mémoires du général Dumouriesiy 
le père de Provençal s'appelait Français Du 
Périer, et aurait été le mari d'Anne de 
Moriès. 

' M. Ch. de Ribbe, dans son Ancien barreau 
du Parlement de Provence y le nomme Claude. 

D'après le Dictionnaire de la Noblesse de 
La Chenaye-Desbois, qui ne fait que repro- 
duire le Nobiliaire de Provence, « Anne, fille 
de Joseph de Mouriès et de Catherine de 
Poitevin, se serait mariée, en 1619, à Lor- 



PIÈCES JUSTIFICATIVES I35 

gues, avec Claude Du Périer, de la ville 
d'Aix, gentilhomme de Charles de Lorraine, 
duc de Guise, gouverneur de Provence, 
oncle du célèbre Scipion Du Périer, un des 
plus grands jurisconsultes de son temps. 

Le Parnasse François, qui donne à ce 
gentilhomme le prénom de Charles, le dit 
frire de Scipion. 

Tâchons d'éclairer quelque peu ces ténè- 
bres : 

D'après une déclaration d'Antoine-Fran- 
çois Dumouriez, père du général, faite en 
1769, « Du Périer est le nom propre de sa 
famille, le nom substantif; le nom Dumou- 
rijz qui s'y trouve joint n'étant qu'ajouté 
et pris par son père (François) du nom de 
sa mère (Anne de Moriès), dont il n'a fait 
précéder le nom propre (Du Périer) que 
pour se conformera V usage de Provence^ dont 
il était originaire, où Ton fait toujours pré-, 
céder le nom ajouté au nom propre, usage 
qui a lieu dans plusieurs contrées, telle en- 



ï}€ PIÈCES JUSTIFICATIVES 

tr'autres la Bretagne, faisant cette observa- 
tion à cause que parmi nous le nom propre 
et de famille précède toujours le nom ajouté 
de seigneurie ou autrement. » (i) 

Kotre Provençal serait ainsi le fils de 
Claude Du Périer et d'Anne de Moriès, 
qui ne l'auraient eu qu'après 30 ans de ma- 
riage. Mais A.-F. Dumouriez a oublié ici un 
degré : Claude était, non passongrand'père, 
mais son bisaïeul; son grand'père s'appe- 
lait, comme son père, François, et avait, 
lui-aussi, épousé une Anne de Moriès, nièce 
de sa mère, d'où la confusion facile qui a 
été faite jusqu'ici des deux François et des 
deux Anne de Moriès. 

Sans avoir la prétention de faire l'histoire 
de cette ancienne famille bretonne (2), trans- 

(i) Procès-verbal du 18 février 1769 pour la 
réformation de Tacte de naissance du général 
(Arc h. Nat. Y, 4924). 

(2) Elle remonte â André Du Périer, mare- 



PIÈCES JUSTIFICATIVES I37 

plantée en Provence au XIV* siècle et dès 
lots consacrée à l'étude des lois et à la chose 
publique, nous dirons qu'un Gaspard Du 
Périer était conseiller au Parlement de Pro- 
vence de 1501 à 1530, et que son frère 
Jacques, chevalier de Rhodes» fut tué au 
siège de cette ville. 

Laurent, fils de Gaspard, fut avocat au 
Parlement d'Âix. De son mariage avec Anne 
de Murotte, il eut : 

a. Français Du Périer « gentilhomme 
d'Aix en Provence », comme l'appelle son 
ami Malherbe en tête des belles stances 
sur la mort de sa fille. Il avait épousé en 
1584 Catherine d'Estienne qui lui donna, 
outre la Rose qui vécut « l'espace d'un 

chai de Bretagne en 1240, qui ne doit point être 
le premier de sa race. — Pas la moindre notice 
n'a été consacrée à cette famille illustre dans le 
Panthéon provençal de Goy, ni dans le Pïutarque 
provençal d'Alexandre Gueidon. 



138 PIÈGES JUSTIFICilTIVES 

matin », Scipion I, le fameux jurisconsulte, 
ami de Gassendi (1588+ 1667) qui revé- 
cut dans son petit-fils Scipion II, conseiller 
au Parlement de Provence (1639 f 1681). 

b. Claude, l'époux d*Anne de Moriès, 
Faîeul de tous les Dumouriez, le père de 
Charles le poète et le grand-père de Français 
le comédien. 

Le poète Charles Du Périer, mort sans 
enfants en 1692, avait en eftet un fi-ère 
nommé François, qui épousa, selon les uns 
une Anne de Moriès parente de sa mère, 
selon d'autres Ânne-Marguerite de Durant. 

Un descendant de cette famille a relevé, 
il y a cent ans, dans les registres de la Ma- 
deleine, déposés au greffe d'Aix, l'extrait 
de baptême d'un François que, jusqu'à 
plus complète recherche sur place^ nous 
n'osons donner comme celui de Provençal : 

François Du Pirier^ fils de François et 
d" Anne-Marguerite de Durant, baptisé le 2i 



PIÈCES JUSTIFICATIVES I39 

septenére 1646. Parrein : M'? Français de 
Durant y 5' de Montplaisant : marraine : dame 
Sibilled^Escalis. 

Cet acte doit concerner un autre François, 
petit-fils de Scipion, fils de François Du 
Perier et de Marguerite de Duranty de Saint- 
Louis ; cet homonyme et contemporain de 
Provençal, son petit-cousin, après avoir été 
capitaine de cavalerie, était en 1698 consul 
d*Aix et procureur de la province. 

Qpoi qu'il en soit, une note trouvée dans 
ces papiers de famille (i) nous apprend 
que notre François, ayant perdu sa mère à 
l'âge de quatre ans, serait à six venu à 
Paris avec son oncle Charles qui, ne figu- 
rant pas encore à cette époque parmi les 
« Illustres à qui le Roi donne pension » (2), 

(i) Arch. de Seine-et-Oise, série E, liasse 
3110. 

(2) Ch2LppuzQ3My Y Europe vivante, 1666, p. 317. 
— Dans la liste des pensions pour Tannée 1663 : 



140 PIÈCES JUSTIFICATIVES 

se trouvait souvent sans argent (i). Le 
poète latin n'aura pu subvenir à Fédaca- 
cation de Torphelin, et c'est ainsi sans 
doute que le petit Provençal se trouva con- 
duit à entrer en condition chez Molière. 



XV 

Blasons. 

Des Du PÉRiER : d'azur bordé dentelé de 
gueules à une bande d'or accompagné en 
chef du côté senestre d'une tète de lion 
arrachée d'or, lampassée de gueules et cou- 
ronnée d'argent. 



au sieur Jtt T^mer, poète latin. . . . 800 liv. 
•au s' Molière, excel. poète comique. 1000 — 
(i) Harpagoniana^ 1801, page 16. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES I4I 

Des Du MouRiER : d'or à un cœur de 
gueules soutenu de deux mûres au naturel 
inclinées en chevrons, au chef d'azur, chargé 
de trois étoiles d*or. 




IMPRIMÉ 
Sur les presses de Noël Texier, 




à PONS (Charente-Inférieure). 
Janvier i88j. 



IMPRIMERIE DE NOËL TEXIER 
à Pons (Charente-Inféricnre) 



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General Libraiy 

Univetsity of Califomia 

Berkeley 



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II 




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